Brokeback Mountain (avant-première)



L’homme de sa vie

Heath Ledger et Jake Gyllenhaal. Pathé Distribution

En 1963, Ennis et Jack, deux cow-boys sont engagés pour garder des moutons à Brokeback Mountain. Pendant de longues semaines, ils ont pour seule compagnie celle de l’autre, seuls dans la montagne. Alors que les deux hommes se livrent un peu plus, ils s’éprennent l’un de l’autre. A la fin de leur boulot, ils repartent chacun de leur côté, Ennis devant épouser sa fiancée Alma, Jack continuant à faire du rodéo rencontrant sa femme Lureen. Mais les deux jeunes gens se revoient, s’aimant en secret, toujours aussi passionnellement.

En regardant pour la dixième fois mes dvd, je réalise que je n’ai pas fait la critique de certains. L’occasion de le faire, puisque c’est les vacances. BM je l’ai vu en avant-première donc je le classe en a-p mais la critique date de août 2008.

Lion d’Or à Venise en 2005, Brokeback Mountain fait partie d’un cinéma subtile, rare et touchant. En mêlant les grands espaces naturels d’Amérique et les états d’âme constrastés et malmenés de ses personnages, Ang Lee réalise un film qui a fait parler de lui. Déjà parce qu’il se pose en contre-pied du mythe du cow-boy: ici les deux cow-boy sont des jeunes gens fauchés qui ont du mal à joindre les deux bouts, loin du symbole masculin gros dur. Et puis le film parle d‘homosexualité. Un sujet rarement montré au cinéma, un peu tabou surtout pour les américains. Des cow-boys homosexuels c’est une première. Et ça laisse penser au grand mélo bien appuyé et ridicule. Mais il n’en est rien. Pudique et sensible, délaissant tout pathos grivois ou condescendant, Brokeback Mountain est l’histoire d’une passion impossible mais vécue en secret qui va contre la société conservatrice et bien pensante de l’époque. Mais ce que réussit Ang Lee (contrairement au livre dont le film est adapté très moyen et trop court), c’est de doter ses personnages d’une réelle humanité et d’une identité propre. Ennis, parle peu, est plutôt réservé, et refuse d’éprouver ce qu’il ressent pour Jack. Jack est son contraire, parlant avec agitation, et acceptant sa différence. L’amour se mêle à la violence dans des faces à faces intenses, d’où ressort une certaine émotion. La faute à Heath Ledger et Jake Gyllenhaal, qui font oublier leurs belles gueules pour ne montrer que leur talent, éclatant et écransant. Le premier trouve ici son meilleur rôle et nous fait regretter encore plus amèrement sa mort. Son rôle, tout en intériorité fragile, est le plus torturé des deux, et n’hésite pas à imploser dans certains scènes magnifiques. Jake Gyllenhaal, yeux ravageurs mais tristes, bouleverse tout sur son passage. Deux acteurs d’à peine 25 ans, mais digne des plus grands. Dommage que Heath Ledger se soit éteint trop tôt, montrant ici un aperçu de ce qu’il aurait pu nous donner.

Affiche américaine. Focus Features

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