It’s A Free World… (avant-première)

Film engagé

Juliet Ellis, Leslaw Zurek et Kierston Wareing. Diaphana Films

Kierston Wareing et Leslaw Zurek. Diaphana Films

Après avoir été renvoyée, Angie ouvre une agence de recrutement avec sa colocataire Rose. Les gens sans travail, des immigrés le plus souvent, font la queue, elle leur donne du boulot. Mais elle décide d’aller plus loin. D’engager des clandestins. De gagner encore plus. De sauter sur les opportunités. Jusqu’au jour où….

Ken Loach, que ce soit il y a 37 ans avec Kes ou hier avec la palme d’or Le Vent se lève, a une manière bien à lui de faire vivre ses personnages: il leur donne de l’espoir, un but, ils deviennent presque heureux. Le happy-end n’est pas loin. Mais c’est mal connaître le réalisateur anglais. D’un claquement de doigts, la réalité reprend ses droits, les brise, les éreinte. Pas de happy-end possible. It’s a free world n’échappe pas à la règle. Angie (surnommée parfois Ange, surnom sans doute pas dû au hasard) est vite rattrapée par le monde, la société, la réalité. Et de devenir presque un monstre. Un monstre parce qu’elle est humaine. Sa nature reprend le dessus. Les émotions sont brutes, rapides, simples. Ken Loach n’aime pas la profusion des sentiments. Il ne s’y apesantit pas. Préfère un rythme plus vif, plus brut et donc plus intense. Dans un contexte social actuel, Loach se penche sur les immigrés et les clandestins mais ne donne jamais de jugement. Il frôle, nous met face à face avec la réalité, sous-entend; Et nous rappelle à quel point notre monde est en pleine chute, déchéance. Et ses personnages aussi qui essayent de s’en sortir de relever la tête mais qui finalement ploient sous les coups. Ken Loach, 71 ans, grand réalisateur brittanique, ne se laisse pas aller à la mélancolie ou l’envie d’oublier les horreurs de ce monde. Notre monde. Discret, sans surenchères mais efficace, il épingle dans un drame bouleversant et dur quelque uns des travers de notre société. Racisme, emplois, machisme, immigration, argent, clandestinité…Tout ça autour d’un portrait de femme aux proies à un monde trop grand, trop dur pour elle. C’est Kierston Wareing qui s’impose, pour un premier rôle, en mère célibataire qui se lance dans une entreprise qui la changera. Pour le rôle masculin de Karol, Loach a choisi Leslaw Zurek, qui ressemble étrangement à Cillian Murphy (acteur principal du Vent se lève). Juliet Ellis, Colin Coughlin suivent dans ce casting qui ne réunit pas de grandes vedettes, juste des inconnus. Des gens comme vous et moi.

Pessimiste jusqu’au bout, Ken Loach clôt souvent ces films sur le début de la chute ou la chute de ses personnages principaux, nous laissant entrevoir le pire. It’s a free world…qui suit Angie dans son agence d’immigrés, n’est pas un film optimiste mais un film engagé sur notre société. Or aujourd’hui qui dit film engagé, dit film pessimiste.

Affiche anglaise. FilmFour Ltd

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