Into The Wild

Born to be wild




Emile Hirsch. Paramount Vantage

Emile Hirsch. Paramount Vantage

Christopher McCandless, fils de bonne famille, vient de recevoir son diplôme après des études brillantes à l’université. Son avenir lui paraît tout tracer. Mais le jeune homme décide de tout plaquer. Il jette carte bancaire et carte d’identité, donne toutes ses économies à une oeuvre de charité, prend un sac et part sur les routes. Voyage dans l’Amérique profonde jusqu’en Alaska, le but de son voyage.

Un jeune homme, barbe de plusieurs jours, emmitouflé dans un gros anorak tient un fusil. Sa cible: quelque chose à manger. Il faut dire que seul en Alaska à part le gibier et les réserves il n’y a pas grand chose à manger. Mais il est arrivé au bout de son voyage: l’Alaska. Sean Penn nous avait habitué à travers ses rôles à un cinéma de qualité (entre autre 21 grammes et Mystic River). Sa 4e réalisation, adapté d’un roman de Jon Krakauer, peut se ranger auprès des plus grands, de Kubrick à Eastwood. L’homme refuse d’entrer dans le moule tout comme son oeuvre. La réalisation, à l’instar de la nature "wild" est sauvage, toujours en mouvement, insaississable. Tantôt calme, au ralenti, silencieuse ou alors nerveuse et dangereuse, la mise en scène écarte tout académisme bien pensant. Se rapproche plus d’un Inarritu. Mais l’histoire, elle, est unique. Tirée de l’histoire vraie de Christopher McCandless, Sean Penn s’approprie l’histoire tout en montrant du respect au jeune homme et à sa famille (qui a participé au film et qu’il remercie à la fin). Plaidoyer pour la nature, récit d’une initiation, rejet de la société, liberté et idéalisme, Into the wild représente bien les préoccupations majeures de Sean Penn aujourd’hui: l’homme engagé qui n’hésite pas à mouiller la chemise, qui refuse d’être formaté, celui qui a donné la palme d’or du Festival de Cannes 2008 à "Entre les murs", celui qui a osé dire "fuck" à une séance photo qui le disqualifiait pour les Oscars (et dieu sait combien il le méritait cet oscar, ainsi qu’un à Emile Hirsch). Mais au delà de la dimension politique, Into the wild touche à l’humain et à ses racines profondes. Le destin d’un jeune homme qui décide de renouer avec la nature en quittant tout confort. Un film brut, sans artifices, cruel et tendre, poétique et réel, et d’une beauté parfaite. Sean Penn magnifie la nature sans pour autant l’annihiler: elle peut être destructrice, éprouvante et sauvage. Le cinéaste-acteur a su s’entourer: la superbe musique est signée Eddie Vedder et la photographie, elle aussi magnifique, est d’Eric Gautier participent à la réussite de ce road-movie contemplatif et terriblement émouvant. Jamais long, le film dure 2h27min. 2h27 de pure magie qui transporte comme on ne l’avait pas été depuis longtemps. En faisant intervenir en voix off la soeur de Chris et des souvenirs de leur vie de famille, Sean Penn donne un aperçu de pourquoi le jeune homme a tout voulu claquer. Mais n’insiste pas en appuyant sur la crise d’identité, etc…Dit le minimum pour faire ressentir le maximum. Les rencontres au cours du voyage du jeune homme sont comme des étoiles filantes: brèves, passagères mais marquantes. Des hippies au vieil homme esseulé, tant de personnages humains qui aideront Chris, et s’attacheront à ce jeune homme tout juste sorti de l’adolescence qui ose faire ce que tout le monde pense tout bas. Partir, tout quitter pour se réfugier dans un paradis naturel, dans la nature, on en a tous rêvé. Mais Sean Penn ne dit jamais "c’est ce qu’il faut faire, allez-y", il ne force pas la main. Ce n’est pas le but du film. D’ailleurs, le réalisateur n’idéalise pas totalement cette vie de pleine communion à travers Chrisopher. La dernière phrase qu’il écrit dans son livre en est bien la preuve. Sean Pen, lui, veut juste nous faire ouvrir les yeux. Nous montrer ce que l’on ne regarde pas, par manque de temps ou d’intérêt. Nous montrer tout ce qu’on rate et qui n’a pas de prix. On regrette presque qu’Into the wild ne dure pas plus longtemps, histoire de continuer à se perdre à nouveau sur les routes avec Emile Hirsch. Il est l’âme et le coeur du film. Il dégage une aura, un charisme et une présence électrique. On a l’impression qu’il a toujours vécu dans la nature. Il se fond dans les paysages, en accord avec elle. On lui aurait donné l’Oscar sans hésiter. A 22 ans, il obtient en plus d’un grand rôle, celui qui marque une vie, une carrière. S’il continue comme ça, on lui prédit une carrière aussi belle, remplie que celle de Sean Penn, Johnny Depp, Benicio Del Toro, Edward Norton…

Emile Hirsch. Paramount Vantage

Into the wild est la plus belle leçon de vie que l’on pouvait nous donner. Sans prétention, Sean Penn ne se concentre que sur la nature, au centre du film, et la montre dans tous ses états. Une sorte de mélancolie mêlée d’envie, d’admiration nous submerge. La simplicité du propos cache beaucoup de choses, discours politique, écologique, relationnel, mais qu’importe. Ce qui nous restera à vie, ce sera Emile Hirsch marchant en souriant, crevant la dalle, mais heureux, à travers l’Amérique profonde jusqu’en Alaska, jusqu’au "Bus magique". Into the wild fera date, c’est sûr. Merci Sean Penn.

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