Le silence de Lorna

Le silence des Dardenne

Jérémie Renier et Arta Dobroshi. Diaphana Films

Lorna, une jeune albanaise, rêve d’ouvrir un snack avec son chéri, Sokol. Pour ça, elle s’est marié avec Claudy pour obtenir la nationalité belge. Fabio qui dirige les opérations doit maintenant contracter un nouveau "faux" mariage entre elle et un russe. Ainsi elle aura l’argent nécessaire pour le snack. Mais pour ça, Claudy, un jeune toxicomane qui essaie de s’en sortir doit mourir.

Les Dardenne reviennent en force après plusieurs années d’absence. Souvenez-vous en 2005, ce père qui vendait son enfant pour de l’argent dans la Palme d’Or L’Enfant. Film brut, sauvage, mais magnifique. Leur nouveau film, moins brut peut-être, plus complexe, tisse une histoire qui broie ses personnages. Drame social, réel, dénonçant un monde que nous ne connaissons pas particulièrement, Le silence de Lorna est un petit bijou de cruauté, d’humanité et de douleurs. La douleur des êtres, leur souffrance, leurs failles, leurs déchirures…on ne voit que ça chez les Dardenne. Jamais des personnages n’auront été aussi beau dans leur humanité: faibles et forts, cruels et gentils. C’est de tout ces paradoxes que se nourrit leur cinéma. Et ça n’a pas de prix. Certains moments, forts, giflent le spectateur avec une force incroyable. C’est surtout à travers les personnages que Le silence de Lorna s’animent: Jérémy Rénier, superbe de détresse, en toxico cherchant de l’aide (Rénier a perdu beaucoup de kilos pour le rôle), Fabrizio Rongione en homme un peu violent, grande gueule, qui semble être une menace pour l’héroïne, et évidemment Arta Dobroshi en femme forte qui tente de s’en sortir, de ce monde cruel, de ce monde pourri, mais qui perd pied au fur et à mesure. C’est elle l’essence du film. Car Le silence de Lorna c’est avant tout le portrait d’une femme, une femme comme on en fait plus au cinéma, pas une potiche ni une sauveuse de l’univers. Juste une humaine faîtes de chair et de sang. Si le dernier quart d’heure du film manque de souffle et de force par rapport au reste, on ne peut que saluer une nouvelle fois le talent des Dardenne. Ce cinéma de l’épure, des sentiments et des souffrances, est ce que l’on doit perdurer. Et tant pis s’il ne nous brosse pas dans le sens du poil. Parfois il faut faire mal. Merci.

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