A l’Est d’Eden

Frères ennemis

James Dean et Julie Harris. Warner Bros.

Cal, jeune homme sauvage, rebelle et souffrant terriblement du fait que son père préfère son frère, bien sous tous rapports, donnerait tout pour que son père l’aime. Pendant ce temps, la première guerre mondiale se prépare.

"Est-ce que je suis vraiment mauvais?" demande-t-il, le garçon aux grands yeux tristes, à la beauté parfaite à jamais figée dans ses 24 ans, le garçon écorché par la vie. Il a des yeux à vous faire fondre le cœur comme personne. Ce qui arrive à Julie Harris, Abra dans le film, qui entrevoit la fêlure dans ses yeux. Comment répondre oui à cette question? Que pourrait-il y avoir de mauvais dans ce garçon si…si magnifique de douleur…James Dean avait  23 ans, la vie devant lui, du talent à ne plus s’avoir qu’en faire. Il ne savait pas que l’année suivante, il serait mort. A l’Est d’Eden est son premier grand rôle au cinéma, un rôle qu’on dirait fait sur mesure pour le jeune rebelle d’Hollywood. Renfermé, sauvage même et rebelle, Cal voudrait que son père l’aime, comme celui-ci aime son frère. La jalousie le ronge, puis ronge les liens familiaux entre eux lorsque Cal retrouve sa mère, soi-disant morte, qui tient une maison close pas très loin. Elia Kazan, grand cinéaste américain, brasse les liens familiaux, thème principal du film, père, mère, frère, l’incompréhension de deux générations (encore plus fort dans le second film de James Dean, La Fureur de vivre de Nicholas Ray) et bien sûr la recherche d’identification du jeune héros qui se cherche. Cal ne veut que de l’amour, James Dean aussi. En saupoudrant son récit de quelques références à la Bible, mais pas lourdes, Kazan réalise un chef d’oeuvre du cinéma américain, pas forcément gentil mais sombre et dramatique. C’est très cruel, notamment dans la relation père-Cal, avec la scène où Cal offre de l’argent à son père pour son anniversaire. Le jeune homme a préparé une petite fête, s’est bien habillé, a les yeux remplis d’amour pour son père. Celui-ci refuse l’argent, question de morale pour lui, et le lui rend. Cal désespéré, s’accroche à lui, tente de l’enlaçer, lui balance l’argent à la figure et part en claquant la porte, les joues souillées de larme. Toute l’essence de la scène réside en James Dean, qui imprime son corps, son âme, sur la pellicule. A fleur de peau, yeux baissés, il est magnifié. Le plus grand acteur c’est lui, sans hésitation.

 

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