Le Meilleur du cinéma 2008

C’est ma petite tradition depuis maintenant 3 ans: faire un classement (subjectif) des films que j’ai aimé et des acteurs qui m’ont plu cette année. Le choix est toujours dur, non-exhaustif évidemment (je ne peux pas voir tous les films) et parfois plein de surprises.

Mes meilleurs films 2008


1
Into The Wild de Sean Penn avec Emile Hirsch, Jena Malone, Catherine Keener, Marcia Gay Harden, Kristen Stewart, Vince Vaughn

 Sean Penn réalise un film coup de poing. Pas de violence, pas de scènes choquantes, juste un jeune homme qui part en Alaska. Dépouillé de tous artifices encombrants, ne laissant que les paysages naturels et lui, Christopher Chandless (Emile Hirsch, excellent), le réalisateur dresse le portrait d’un homme, de la société et d’une nature attirante, belle mais dangereuse. L’œuvre ne ressemble en rien aux canons hollywoodiens. Libre, un brin rebelle, Into The Wild est un film majeur du cinéma contemporain. Surtout parce qu’au lieu de crier « envoyez tout en l’air, partez en pleine nature, éloignez vous de la civilisation », Sean Penn préfère la subtilité. Au bout du voyage, le jeune héros se rendra compte que la solitude n’est pas la meilleure chose et que les autres, ces autres que l’on aime et que l’on déteste, ces autres qui nous manque et à qui l’on manque, sont peut être la clé du bonheur. Le grand film de l’année, injustement boudé aux oscars.

2
 Hunger de Steve McQueen avec Michael Fassbender

Peut-être le film le plus audacieux de l’année. Aux discours bavards mais inutiles, Steve McQueen vidéaste noir dont c’est le premier long, préfère frapper fort, d’un grand coup de poing en livrant une œuvre dépouillée sur des corps en guerre. Dans la prison froide et grise de Maze, les détenus de l’IRA se battent pour qu’on leur reconnaisse un statut politique à part. Barbouillent leur murs de merde, vivent dans la saleté et l’urine, n’ont pour vêtement que des couvertures. On pressent le misérabilisme, il n’en est rien. La réalisation clinique, travaillée sur l’esthétisme expérimentale, chacun de ses plans magnifiant un quotidien crasseux empêche tout écueil indécent, qui ferait tache. Il n’y a plus que des corps se battant pour leurs idéaux, le corps de Bobby Sands en premier (Michael Fassbender, grand acteur en puissance). La grève de la faim il la fera, jusqu’à la mort. Le corps se tord, s’amaigrit, se troue, souffre. Il est en guerre, qu’on se le dise. Un films des plus importants de l’année.

3
L’Echange de Clint Eastwood avec Angelina Jolie, John Malkovich

Clint Eastwood n’épargne pas l’humain, il préfère le montrer dans son toute son ambivalence, sa force et sa faiblesse, ses crimes et ses bonnes actions. Avec L’Echange, il met en scène une mère dont l’enfant disparaît. La police de L.A, corrompue et de mauvaise réputation, arrive au bout de plusieurs mois de recherche à retrouver l’enfant. Erreur: ce n’est pas lui, clame Angelina Jolie, bouleversante. Personne ne la croit, on veut la faire taire, on l’enferme. Pendant ce temps, un serial killer court et tue. On frissonne. Les monstres sortent de leur tanière, même le jour. Personne n’est à l’abri. Les monstres se sont eux, la police, les humains, les autres, les enfants même. La perte de l’innocence, terme cher à Eastwood est puissant dans ce film. On pensait assister à un mélo classique, on se retrouve face à un drame un peu polar aux ombres glaciales et noires. Une sorte de cauchemar illuminé par Angelina Jolie.

Sweeney Todd de Tim Burton avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter 
On savait que Tim Burton était un gothique (Sleepy Hollow, L’étrange noël de Mr. Jack, Edward aux mains d’argent…) et qu’il aimait les marginaux. Normal alors que son petit dernier en date parle d’un barbier coupant les gorges en attendant de se venger d’un homme de loi qui lui a volé sa femme et l’a envoyé en prison. Aidé d’une cuisinière éprise en secret de lui, ils déguisent les meurtres en faisant des victimes…des tourtes. Voilà pour l’intrigue. Si on vous dit que le film est un mélange de film d’horreur (appuyé et pas vraiment gore) et de comédie musicale, vous pensez que Sweeney Todd est un ovni. Et il l’est. Pourtant cet opéra noir et sanglant, à l’atmosphère immorale et sombre, aux personnages déjantés mais attachants, aux musiques entraînantes, fait de ce conte pour adulte un bijou noir du cinéma. Enchanteur. Si vous aimez Tim Burton, Johnny Depp et Helena Bonham Carter, formidables, vous tomberez sous le charme de ce film hors-normes. Les autres seront plus peut être plus réfractaires, mais une chose est sûr, ce Sweeney Todd s’inscrit dans les meilleurs films du cinéaste américain.

The Dark Knight de Christopher Nolan, avec Christian Bale, Heath Ledger, Aaron Eckhart, Maggie Gyllenhaal, Gary Oldman et Morgan Freeman
Alors qu’il était attendu comme le blockbuster de l’été, le film de Christopher Nolan se paie le luxe d’être le plus grand film de super-héros jamais réalisé à ce jour et certainement un grand film sur le mal et le bien. Dégommant tous les préjugés et les clichés du genre, son Batman est plus une fresque vibrante et tragique sur la paranoïa, le pouvoir, le mal et les ambivalences de l’être humain. Noir et pessimiste, The Dark Knight entre dans les grands polars et plus dans les divertissement de super-héros. Parce que le mythe du héros est (enfin) écorché. Parce que Gotham, ville viciée et corrompue, rappelle les grands films noirs. Parce que les personnages ont la belle part. Parce que les acteurs sont excellents. Parce que le mal est magnifié. Le Joker (Heath Ledger) est fascinant de perversité. De sa voix, son rire à sa façon de bouger. Il est l’âme noire et terrifiante de ce chef d’œuvre du genre. Harvey Dent (Aaron Eckhart), personnage complexe et double, est excellent. The Dark Knight remet en question tout ce qui a été fait avant sur les super-héros, et c’est une très bonne nouvelle. Peut-être une des meilleures de l’année.

Two Lovers de James Gray avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw
L’amour c’est compliqué. Oui, ça on savait. Mais là c’est James Gray derrière la caméra. Avec lui, nul risque de tomber dans le romantisme mielleux. Au contraire, Leonard, jeune homme suicidaire et dépressif après une rupture douloureuse, se trouve coincé entre deux femmes: sa voisine, Michelle, joliment instable et aussi fragile que lui dont il tombe follement amoureux, et Sandra, choisie par ses parents, douce et voie de sa raison. De ce postulat (pas vraiment original), le maître du polar noir contemporain en extrait une tragédie noire de fièvre et de passion sur des personnages humains, donc qui souffrent et qui font souffrir. Joaquin Phoenix est magnifique: de sa silhouette pataude et un peu lourde, dans son gros anorak, il promène son corps fragile d’homme encore gamin avec une grâce épatante.

No Country for old men des frères Coen, avec Javier Bardem, Josh Brolin, Tommy Lee Jones Woody Harrelson
C’est un peu leur année aux Coen. L’Oscar du meilleur film en février pour leur polar décalé No country for old men et la sortie de Burn After Reading, comédie décalée (encore) et hilarante. On retiendra surtout le premier, western contemporain où trois destins se croisent dans une Amérique violente et désenchantée. Josh Brolin a trouvé de l’argent et fuit. A ses trousses le tueur le plus impitoyable du pays, Javier Bardem (excellent tant il fait peur) et sa coupe impossible. Tommy Lee Jones, policier usé, tente d’aider Brolin, en vain, et regarde de loin le massacre qui s’annonce. C’est un brillant jeu du chat et de la souris, plein de suspense et d’inventivité, de décalage et d’humour noir.

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