Les Noces Rebelles

Titanic Again

Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. DreamWorks Pictures

Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. DreamWorks Pictures

Années 50. Être comme les autres. Être le couple parfait, conforme aux règles de la société. Être un couple tout ce qu’il y a de plus normal. Être ce que l’on attend de vous. Dans cette maison blanche sur la Revolutionary Road, April et Frank Wheeler refusent d’être comme les autres, refusent de se plier aux règles si ennuyeuses, si conformistes du ménage bourgeois américain. Ils veulent un grand destin, un destin extraordinaire: être différent et vivre pleinement, être libre. Mais comment? Ils se retrouvent être exactement ce qu’ils refusaient d’être, pris au piège de leurs rêves et de la réalité. Et leur couple de sombrer, inexorablement, vers un enfer où ils s’enlisent.

Sam Mendes tisse peu à peu autour du couple une toile inexorable qui les étouffe. L’air devient irrespirable. Les mensonges, la trahison, l’amour, la haine, le bonheur, la mort, la vie. Tout se mêle, s’entremêle. Sous leurs airs de couple banlieusard bien comme il faut, on sent l’implosion qui menace, la furie et la folie qui guettent leur couple au bord du gouffre. Dès les premières minutes du film, le ton est lancé: nous ne sommes pas dans Titanic, nous ne sommes pas dans une comédie romantique, une belle histoire d’amour. Revolutionary Road parle bien de l’étouffement d’un couple. L’impression de malaise flotte de la première à la dernière seconde. Le spectateur comme les deux personnages principaux sont oppressés. La tension entre April et Frank ne fait qu’augmenter, destructrice, terrifiante, explosant lors de quelques scènes de dispute d’une grande violence intérieure et extérieure, d’une force et d’une puissance qui caractérisent tout le film.

Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. DreamWorks Pictures

Déjà dans American Beauté, film oscarisé en 2000, Sam Mendes filmait l’implosion d’un couple, les dessous d’une famille américaine bien comme il faut. Avec Revolutionary Road (injustement re-titré Les Noces Rebelles en français), il fait preuve d’une maîtrise encore plus impressionnante des cadres, du décor, du rythme et surtout de son histoire, beaucoup plus dure que celle d’American Beauty qui avait un côté humoristique incisif et corrosif que ces  Noces n’ont pas. L’esthétisme policée, les décors blancs, purs, renforcent l’ennui et la haine de ce couple envers l’embourgoisement par excellence qu’ils exècrent mais en lequel ils s’enferment. La mise en scène, lente, plans plutôt fixes, froide même, tend à faire partager l’ennui du couple. Sans pour autant soustraire l’émotion, à fleur de peau, qui nous étreint le ventre jusqu’au final explosif, jamais mélo, mais qui marque profondément, parce que véritable explosion par rapport à ces ménages parfaits, sans reproches, comme il faut. La caméra elle, s’agite lors des disputes, devient presque "voyeuse" puis se calme mais n’en devient pas moins puissante, intense et douloureuse. Chaque plan est un coup de poing, malgré le calme apparent, la douceur des sourires et des regards. L’amertume, la cruauté empoisonnent April et Frank, jusqu’à les détruire doucement mais sûrement. Elle, lui reproche d’être lâche, de ne pas vouloir quitter son boulot qu’il méprise pour faire ce qu’il aime, d’aimer s’enfoncer dans l’embourgeoisement américain. Lui, lui reproche d’être folle, de ne pas aimer leurs enfants, de rechercher une liberté imaginaire… Mais la liberté, elle, elle la veut. Elle ne désire que ça, et meurt à petit feu de ne pouvoir l’avoir pleinement. Les répliques fusent, dures, le ton monte, hurle, les objets volent. Les masques tombent enfin. Oserait-on dire que Revolutionary Road justement ose tout, dire ce qui ne se dit pas, montrer la chute palpable du rêve américain. Ça faisait depuis Hunger qu’on avait pas ressenti ça. Cette impression d’avoir un nœud au ventre à la sortie du cinéma, de ne plus savoir où on est, juste que l’on souffre, que l’on souffre pour April et Frank.

Les Noces Rebelles n’est pas juste un "film de plus", c’est un film d’auteur, un film intello mais sans la connotation vulgaire d’aujourd’hui, qui privilégie beaucoup les dialogues et la subtilité, un film dont on n’osait pas soupçonner l’existence mais qui devient en seulement 2 heures, l’évidence qu’un cinéma de qualité existe encore. Mais surtout Les Noces Rebelles doit tout à ses deux acteurs principaux, Leonardo DiCaprio et Kate Winslet, qui se retrouvent plus de 10 ans après Titanic. Ils sont renversants, d’une force époustouflante qui met K.O. Leur jeu, au diapason, fait passer la moindre de leurs émotions, toute la subtilité de leurs personnages. Ils font prendre corps et chair à April et Frank. Oui, ils sont de très grands acteurs et oui, un oscar ne serait pas de trop. Leur prestation sent le souffre, la chair brûlée, le sang et la passion, comme le film. Ils sont en équilibre pendant deux heures, entre l’amour et la haine, la raison et la passion, sur un fil qui menace de se rompre à chaque seconde. Revolutionary Road, lui, est définitivement un grand film. Le premier très très grand film de l’année 2009 qui s’inscrit dans l’histoire d’un cinéma exigeant, qui n’a peur de rien, choc et profondément beau.

DreamWorks Pictures
 

3 thoughts on “Les Noces Rebelles

  1. :)à fleur de peau, qui nous étreint le ventre jusqu’au final explosif, jamais mélo, mais qui marque profondément, parce que véritable explosion par rapport

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