Gran Torino

Un vieil homme et sa voiture

Clint Eastwood et Bee Vang. Warner Bros. France

Clint Eastwood et Ahney Her. Warner Bros. France
 

Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme. Le vieux bonhomme se retrouve tout seul dans sa maison avec sa chienne pour seule compagne. Il rejette sa famille, méprise les habitants de son quartier, des chinois, des noirs, et ne trouve de réconfort qu’en sa Gran Torino, une voiture de collection qu’il adore. Un jour, Thao, jeune hmong vivant dans la maison voisine tente de la lui voler à cause d’un gang qui le menace. Mais Walt s’en prend aux voyous lorsque ceux-ci martyrisent la famille de Thao et Sue. Dès lors un lien se crée entre la famille des deux adolescents et le vieux Walt.

Gran Torino n’est pas le plus grand film d’Eastwood, ni un film de l’ampleur de L’ Echange (sorti en novembre). La trame qui se noue dès le début est plutôt classique, les évènements presque attendus. Le vieil homme raciste qui va se lier d’amitié avec ses voisins étrangers, on connaît la chanson, on l’a déjà vu. Pourquoi alors lui mettre 3 étoiles? Pourquoi peut-on dire, et sans aucune hésitation, que Gran Torino est un beau film, totalement dans la veine de ses dernières oeuvres? Gran Torino n’est pas un film quelconque, sans filiation marqué, mais est un film de monsieur Clint Eastwood. Et Eastwood a la faculté incroyable, extraordinaire, de raconter chaque histoire avec émotion, beauté, humanité et grandeur. Que ce soit l’histoire d’un vieil entraîneur apprenant à une jeune femme la boxe, des soldats se battant à Iwo Jima, ou la réunion de trois amis d’enfance à cause du meutre de la fille de l’un d’eux, ou encore l’histoire d’une femme cherchant son fils disparu. Gran Torino n’échappe pas à la règle. Voir cet homme s’ouvrir aux autres, dépasser ses préjugés, se lier d’affection pour ses deux adolescents puisque avec sa famille tout est trop tard, vaut les trois quarts des films qui sortiront cette année.
 

Doua Moua, Bee Vang et Elvis Thao. Warner Bros. France
 

Le film se découvre léger, drôle, et Clint Eastwood s’amuse de son image de vieil emmerdeur. Mais les ombres rôdent toujours. Si L’Echange était un film empli de monstres, Gran Torino pourrait l’être également. La pression retombe comme un poids énorme sur le film, sur nos épaules, notre coeur, et l’inévitable advint (« Thao et Sue ne trouveront pas la paix tant que cette bande sera là », dit-il). La comédie douce-amère tourne au tragique, mais sans pathos, comme pour Mystic River, Million Dollar Baby ou encore L’Echange (trois grands films qu’il faut absolument voir si ce n’est déjà fait) mais ce changement se fait avec une délicatesse et une élégance folle. Clint Eastwood montre que les deux registres peuvent cohabiter sans en faire des tonnes. La réalisation est simple, dépourvue d’effets clinquants. Ne reste que les personnages. Walt. Thao. Sue et les autres (mention aux deux jeunes acteurs principaux Bee Vang et Ahney Her). Gran Torino est un film sur le racisme et la violence, l’insécurité. A ce sens, il montre un côté de l’Amérique bien sombre, aux prises avec ses démons, mais bien réel. Toutefois il ne s’y apesantit pas trop. Raconte d’abord des histoires sur des humains et une nouvelle fois leur ambivalence. Romain le Vern dans sa critique pour Dvdrama a dit « En attendant ce que l’on sait tous, que l’on craint et que l’on cache par pudeur. Clint ne cache rien. C’est sa grandeur. » Il a raison en tous points. Clint Eastwood raconte des histoires magnifiques faîte de mal et de bien. Il ne veut pas cacher des choses, mentir, se mentir, fermer les yeux. Il dit tout, montre tout. C’est ça, la vie.

Le dernier film à ce jour de Clint Eastwood est Gran Torino soit l’histoire d’un homme qui apprend à aimer. Rien de plus, rien de moins. Ici il culmule les rôles: acteur et réalisateur. Le retrouver sur l’écran est merveilleux. Ses rides, sa voix grave, ses yeux perçants, sa fragilité et sa force, ses 78 ans. Dire qu’il est la dernière légende vivante serait justifié. Voir son film une bonne chose. Parce qu’aujourd’hui encore le cinéma peut produire de bons films.
 

Warner Bros. France

Warner Bros. France

 

 

 

 

 

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