Biutiful (avant-première Festival de Cannes)

Inarritu est biutiful, Bardem aussi

 

Uxbal, homme au passé sombre, fait du trafic d’objets de contrefaçon. Uxbal tente de survivre dans un Barcelone sombre et brutal. Uxbal élève ses enfants seul, séparé de sa femme, instable et hystérique. Uxbal a un don : il peut communiquer avec les esprits des défunts. Uxbal est mourant.

Disons le tout de suite : Biutiful est beautiful. Il y a des mauvais films qui parlent d’humains et des bons films qui parlent d’humains. Et puis il y a les films d’Inarritu. Où l’humanité n’a jamais été aussi bien filmé, dans toute sa noirceur, sa beauté et sa complexité. Sans son scénariste G.Arriaga qui avait signé les scénarios de ses trois précédents films (Amores Perros, 21 grammes, Babel), on pouvait avoir quelques doutes. Et puis on entre à pas feutrés, en silence dans cette histoire qui n’est pas un film choral mais ayant un personnage central, Uxbal. On retrouve la touche Inarritu, la musique de Gustavo Santaolalla, la photographie de Rodrigo Prieto. Et en même temps, Biutiful est différent de ce qu’il a fait auparavant, notamment à travers des envolées fantastiques où Uxbal voit et entend les esprits des morts. Cette entrée du fantastique dans le film n’est pas pour déplaire, bien au contraire et ne fait qu’enrichir le propos de Biutiful. Un propos qui se veut humain et à la fois critique. Oublié le Barcelone de Woody Allen, ce Barcelone de carte postale, chez Inarritu, la ville est sale, crasseuse, sombre, rongée par le désespoir, la maladie, les drogues. Et où les immigrés sont partout, dans la rue essayant de vendre leurs marchandises, dans des ateliers clandestins à être exploités. C’est aussi ça que montre Inarritu en abordant en fond le mondialisme et la corruption.

Biutiful est un film très sombre, désespéré et où la mort rôde sans cesse. Et malgré tout il est bouillonnant de vie. La vie est là, à travers le sourire d’un enfant, une étreinte entre un père et sa fille ou une bague donnée avec amour. La vie à laquelle s’accroche Uxbal, cet homme perdu et brisé par ce mal qui le ronge lentement, l’entraîne vers une fin inexorable. Mais de cette noirceur douloureuse Inarritu s’éloigne lentement, se dirigeant vers la lumière. Ce n’est pas un récit de rédemption, c’est juste l’histoire d’un homme mourant qui veut protéger ses enfants et partir en ayant réglé certaines choses. Devant la caméra de n’importe qui, qu’il soit un mauvais ou bon réalisateur, le film aurait forcément finit par sombrer dans le pathos, sauf que chez Inarritu non. Et c’est biutiful, brut, merveilleux, car Inarritu ne s’apitoie par sur son personnage, ni le reste. Biutiful est sobre, alors que tout pouvait laisser présager le contraire. On ne serait dire comment il fait, comment il réalise ce miracle, de passer à côté de ce piège qui lui tendait les bras. Cela s’explique sans doute par un scénario d’une grande subtilité et très brut, qui ne va vers l’émotion facile et tire-larmes.

Il va plus loin que tout ça, il filme ce qui ne se dit pas, il filme des humains, des vrais, de chairs et de sang, il filme la beauté dans la laideur, il filme le bonheur dans le malheur, il filme l’amour dans la haine et la douleur. Et puis par Javier Bardem, l’un des plus grands acteurs de sa génération. Si Biutiful est aussi beau et réussi, c’est en grande partie grâce à son acteur formidable. Le rôle n’était pas facile, mais Javier se livre corps et âme, a cette force dans le regard, cette tendresse dans les yeux, ce charisme bouleversant. C’est le rôle d’une vie et un prix d’interprétation masculine. Et la caméra d’Inarritu de le filmer avec amour, un amour immense. Car Biutiful est un film d’amour, une déclaration d’amour d’un père à ses enfants (Uxbal et ses deux enfants) et d’un fils à son père (Inarritu a dédié son film à son père). Vous l’avez compris, Biutiful émerveille et nous brise le cœur, comme tous les films de Inarritu. Et pour cela, je lui dis merci, pour tout ce qu’il nous donne, ce qu’il nous permet de vivre pendant ces quelques heures.

 

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

 

 

 

2 thoughts on “Biutiful (avant-première Festival de Cannes)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *