J’ai tué ma mère

 

Xavier Dolan. Rezo Films

Anne Dorval et Xavier Dolan. Rezo Films

Il y a deux types de spectateurs: ceux qui voient en Xavier Dolan et ses films du narcissisme et de la prétention, ceux qui crient au génie. Je suis de cette dernière catégorie, car oui, il y a génie, et je pense qu’il faut le dire.

Le titre est bref, choc, brut. Sa violence n’a d’égale que celle du film, celle de cette relation amour/haine entre une mère et un fils. Xavier Dolan a 17 ans lorsqu’il écrit le scénario, 20 quand il  le produit, réalise et interprète le premier rôle. Sa précocité est époustouflante. Quand certains ne voient qu’un gamin se filmant en train de parler de lui, d’autres y voient un réalisateur déjà grand, un portrait d’adolescent d’une grande maturité entre tragique, cruauté et drôlerie. Le sujet est en partie autobiographique, et ça se ressent, cette colère, cette rage, cette incompréhension qui transpire du personnage principal. Un flot de sentiments contradictoires noient Hubert, qui ne comprend pas comment elle et lui, sa mère et lui, ont pu en arriver là (d’ailleurs il n’y a pas vraiment d’explication), comment lui a pu s’éloigner à ce point et haïr chaque petit détail d’elle. Leurs disputes sont d’une grande violence, le ton est cruel et drôle, on rigole lorsqu’on entend cet accent québécois parfois incompréhensible, mais finalement cette déchirure qui se produit devant nous, nous donnerait plus envie de pleurer. « Tu m’aimes mal » dit Hubert à sa mère, lors d’une énième dispute. Si le film de Dolan est aussi mature, aussi intelligent et touchant, c’est parce que le jeune homme ne se filme pas que lui (quoi qu’on en dise), et n’oublie pas de filmer la mère (Anne Dorval, excellente), cet être devenu étranger, lointain. Parce qu’il y a toujours deux côtés à une histoire. Et si bien sûr J’ai tué ma mère est un portrait d’adolescent en pleine incompréhension et en pleine recherche de son identité sexuelle (thème de l’homosexualité), c’est aussi un regard à la fois acéré et critique sur les parents (la figure du père, absent et incapable) et d’une tendresse bouleversante lorsque Dolan filme la mère. Aucun n’est une victime, aucun n’est coupable, ce n’est pas la faute de l’un ni de l’autre. « Et si je mourrais ce soir, qu’est-ce que tu ferais? » crie Hubert, en rage, en colère contre sa mère qui l’envoie en pension. « Je mourrais demain » murmure-t-elle dans un soupir, avec un amour immense, un murmure non-entendu par Hubert, déjà loin. C’est donc bien un film bouillonnant sur l’adolescence, loin de toute complaisance, loin des clichés habituels et la construction d’un ado en adulte. Du côté de la réalisation, Xavier Dolan assure : musiques, cadres décentrés, plans séquences, ralentis…Une réussite sur tous les plans.

Film aux accents tragi-comiques, J’ai tué ma mère est la révélation 2009 et la naissance d’un presque grand, Xavier Dolan, 20 ans au compteur, un surdoué de la caméra et de l’écriture, un jeune qui écrit avec une maturité déconcertante et une sincérité bouleversante. Xavier Dolan filme l’adolescent comme jamais, peut-être parce qu’il est un, et parce qu’il a su retranscrire une foule de choses qui ne s’expliquent pas, qui ne se filment pas en 1h30. Respect.

 

 

 

 

Rezo Films

 

 

 

 

Critique Les Amours imaginaires, second film de Xavier Dolan, vu au Festival de Cannes : une nouvelle petite merveille, encore plus réussi que J’ai tué ma mère, d’une grande finesse sur les amours adulescents entre hommes et femmes, d’une grande cruauté et très drôle.

 

 

 

 

4 thoughts on “J’ai tué ma mère

  1. Il est vrai que si je parle de génie, c’est parce que j’ai eu la chance de voir son second film au Festival de Cannes, Les Amours imaginaires, et que celui-ci est une perle, un très beau film très fin et intelligent, avec toujours le « style Dolan ». Xavier Dolan aurait pu se rater, mais bien au contraire son second film est une réussite. Le garçon a donc un talent indéniable car il a su joliment rebondir après J’ai tué ma mère.

  2. Je n’irai pas jusqu’à crier au génie, mais j’ai trouvé ce film lunaire, complètement décalé mais pourtant vrai et touchant. Son prochain film m’intéresse.

  3. p’tite erreur…intéressantes tes critiques, et tes coups de coeur correspondent aux miens.
    je voudrais préciser une chose à laquelle tu ne prêtes sûrement pas attention, tu as sans doute écrit ça comme ça, mais j’ai du temps à perdre et je voulais te signaler que le personnage de Hubert n’est pas en pleine « recherche d’identité »; et il n’aborde pas « le thème de l’homosexualité ». justement, ce qui est génial dans ce film, c’est que Xavier Dolan montre la vie sentimentale du personnage telle qu’elle est… le personnage apparaît naturellement en couple avec quelqu’un du même sexe, et non pas en « recherche » de son identité. à vrai dire nous est montré là un lycéen homosexuel, tout comme aurait été montré un lycéen hétérosexuel, sans emphase, sans pathétique, bref…
    après, je te l’accorde, le fait qu’il cache ce « détail » à sa mère donne lieu à une scène hilarante, donc le « thème » si tu veux, est bien utilisé… (prends garde, surtout, à ne pas trop dévoiler du film ; les répliques, surtout)
    ça fait du bien ce genre de film qui dilue sans complexe l’amour entre hommes, l’amour entre femmes (la naissance des pieuvres, à voir !), dans une histoire axée sur autre chose que sur « l’acceptation de l’identité sexuelle » ou sur l’homophobie ; axée sur la banalité, filmée à la Almodovar,: tel quel.
    y a pas à dire ça fait du bien…
    j’dis pas que l’acceptation de l’identité sexuelle et l’homophobie sont des thèmes à ne pas traiter, mais on va dire qu’ils ont fait l’objet de tant de film (souvent douloureux et noirs), que voir la vie simple de ces gens hors normes tout comme on verrait la vie des gens « dans la norme », ça soulage.

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