Inception

 

Ken Watanabe. Warner Bros. France

Leonardo DiCaprio. Warner Bros. France

 

Dom Cobb est un « extracteur », le meilleur dans son genre : il s’introduit dans les rêves pour y voler les secrets les plus enfouis. Mais ses activités ont fait de lui un individu recherché et il est obligé de se cacher. Un jour, on lui propose un marché : une nouvelle mission contre l’arrêt de toutes les charges contre lui. Cobb est prêt à tout pour retrouver ses enfants, qu’il n’a pas vu depuis trop longtemps. Mais cette mission est la plus périlleuse de toute: une inception, soit l’implantation d’une idée dans le subconscient d’une personne.

 

 

 

Leonardo DiCaprio et Cillian Murphy. Warner Bros. France
 

On peut dire que Christopher Nolan met la barre très haut avec son dernier film en date, le superbe Inception, son film peut-être le plus émouvant. Voici du cinéma, du vrai cinéma, comme on en voit rarement. Le film, comme son prédécesseur The Dark Knight, se place directement dans les films de l’année (et parmi ceux de la décennie) et consacre son cinéaste comme l’un des plus intéressants et talentueux du cinéma contemporain. Pourquoi? Parce qu’il est le seul aujourd’hui à réaliser des films d’auteurs aux faux airs de blockbusters, des grosses productions avec cerveaux mêlant maîtrise du cinéma, émotion, action et scénario passionnant et intelligent. C’est donc à ce monsieur, Christopher Nolan, que l’on doit Inception, et avant ça Memento, Batman Begins, Le Prestige et évidemment The Dark Knight. Nolan est un magicien, un maître de l’illusion et du cinéma. Et qui mieux que lui pour se lancer dans une aventure dans le monde des rêves? Où commence le rêve, où s’arrête la réalité? C’est la question qui ne cessera de vous hanter pendant et après le film.

Inception est d’abord complexe – il faut accepter de se perdre dans ce labyrinthe et de se laisser porter (comme pour Memento) – avant de devenir plus clair au fur et à mesure que les pièces du puzzle se mettent en place. Et au moment où l’on pense avoir plus ou moins compris, ou plutôt défini ce que l’on pensait être vrai et faux, Nolan fait s’immiscer le doute. Chacun aura sans doute sa propre interprétation d’Inception : le film regorge de niveaux de lecture et de détails. C’est là la toute puissance du cinéma de Christopher Nolan. On retrouve dans Inception les thèmes qui l’habitent: histoire d’amour tragique, héros torturé et plein de failles, noirceur, relation du bien et du mal ambiguë, notion trouble du vrai et du faux…Ici, cela est porté à son paroxysme, puisque s’aventurant dans le monde du rêve, Nolan peut tout faire : il n’y a quasiment plus de limites (la gravité et le temps sont malléables dans les rêves, mise en abîme avec le rêve dans le rêve dans le rêve…). La dernière partie du film (la dernière heure environ) lorsqu’ils commencent l’inception sur Fischer est en cela visuellement renversante et époustouflante puisque toutes les limites sont repoussées  (plusieurs rêves emboîtés, les limbes…) dans des scènes superbes (Arthur se battant dans un couloir défiant les lois de la gravité, la course-poursuite en voiture qui se finit en un plongeon…).Vertigineux, c’est le bien le mot qui définirait le film, autant par son scénario, son esthétisme que ses décors et la réalisation du cinéaste.
Le début du film est assez « classique » dans sa forme: Nolan explique les règles de l’Inception (l’extraction, le réveil, le totem, le paradoxe…) et compose l’équipe de Cobb. Arrivent alors Ariane (dont le prénom n’a pas été choisi au hasard puisqu’il provient du mythe d’Ariane qui sauva Thésée du Minotaure dans le labyrinthe – dans le film, c’est elle qui « guide » Cobb, notamment à propos de Mall), Saito , Arthur, Eames et Yusef .Tous se greffent autour de la figure centrale, l‘Extracteur, soit Cobb. La mémoire, les souvenirs sont toujours au cœur du personnage central (ce qui n’est pas sans rappeler le personnage de Memento, joué par Guy Pearce), hanté par la femme qu’il a perdu, sa culpabilité et ses regrets, et qui ne veut voir que ce qu’il a envie pour ne pas sombrer. Si l’on gratte finalement l’histoire de SF et cette extraction criminelle (qui n’est finalement qu’un « prétexte »), on se retrouve alors face à l’âme du film : l’histoire d’un homme en quête de rédemption, en deuil d’un amour perdu qui le hante et qui souhaite revoir ses enfants.
En cela, Inception est à voir absolument deux fois (ce que j’ai fait). La première vision permet de le découvrir dans toute sa complexité et sa simplicité pour fasciner le spectateur qui se perd (avec plaisir) dans les méandres de ces dream within a dream. La seconde fois est dépouillée de toutes les attentes, de la première approche « découverte » pour mieux permettre d’apprécier le spectacle, dans toute sa splendeur, et surtout de mettre le film à nu, et ainsi de voir l’essentiel : qui a-t-il de plus beau, de plus bouleversant que l’amour de Cobb pour sa femme perdue? Que ses yeux et son visage lorsqu’il revoit ses enfants?  Rien, et c’est tout ce qui compte, peu importe que la toupie s’arrête ou pas.

Film noir, action, science-fiction, espionnage, drame psychologique et surtout histoire d’amour déchirante, ce sont tous ces genres que Christopher Nolan convoquent pour créer une œuvre ne ressemblant à aucune autre, même si elle emprunte à certains (Matrix ou eXistenZ pour ne citer qu’eux). La musique de Hans Zimmer est une nouvelle fois des plus réussies, le score est très beau. Quand au casting, c’est peut-être (sans doute) le plus réussi de l’année. Mêlant acteurs confirmés (Ken Watanabe, Marion Cotillard, Cillian Murphy, Michael Caine) et jeunes recrues au très très grand potentiel (Ellen Page, Joseph Gordon-Levitt, Tom Hardy, Lukas Haas), l’interprétation est parfaite. Et évidemment, comment ne pas parler de Leonardo DiCaprio, qui après Shutter Island revient en force. On pourrait redire encore la même chose, qu’il est le meilleur, talentueux comme jamais, éclatant, charismatique, touchant, mais je vous laisse par vous même juger en regardant le film.

 

 

 

 

Une expérience de cinéma à vivre et ressentir, puis à méditer. Et qui prouve avant tout que le meilleur cinéma c’est à l’ancienne qu’on le fait : sans 3D et avec peu d’effets spéciaux numériques (400 contre 2 000 pour un film de ce genre).
Bien joué Mister Nolan.

 

 

 

Warner Bros. France

 

 

 

 

 

 

7 thoughts on “Inception

  1. J’ai bien aimé Inception, pas autant que toi mais quand même. Par contre la critique est juste dans l’ensemble, sauf que je ne suis pas vraiment d’accord avec toi sur point :  » le film regorge de niveaux de lecture  » je ne suis pas vraiment d’accord, Inception si on regarde sur l’aspect général propose seulement en sa fin une réflexion, mais elle est bilatérale, soit il rêve encore, soit non. mais il n’y a pas plus que ça, c’est un film assez mécanique, il faut réfléchir parfois, mais ce n’est pas méta-physique ni quoi que ce soit.

  2. J’ai trouvé le scénario particulièrement fragile et non maîtrisé, ce qui fait que mon avis sur le film est très partagé. Ceci dit le montage est excellent (c’est déjà ça !)

  3. HeyThe pictures are really amazing.I want to must tell you about your blog it will be works alot,Keep doing hard work.Thanks

  4. Christopher Nolan prétend avec Inception plonger le spectateur dans l’univers des rêves. En fait, il ne nous propose qu’un banal blockbuster, qui cache derrière un déluge visuel et pyrotechnique assomant, ponctué par la composition d’un Hans Zimmer toujours moins délicat qu’une batterie de katiouchas (Dieu qu’elle est loin la partition de Gladiator !), les failles d’un scénario confus. Il est d’ailleurs difficile de garder son sérieux en écoutant les explications abracadabrantesques supposées nous faire accroire à l’extraction et à l’inception. Il eût mieux valu laisser ces éléments dans le flou !

    Il est également fâcheux que cette immersion dans le domaine des songes ait un objectif aussi prosaïque que celui de défendre les intérêts d’un homme d’affaires avide. Mais ce trait est sans doute symptomatique de notre époque, dont la seule valeur semble être l’argent et le profit. Un tel projet, traité avec plus de finesse et d’intelligence, aurait pourtant pu être l’occasion d’une illustration poétique de l’espace onirique. On ne peut que regretter que ce sujet n’ait pas été abordé par un cinéaste plus inspiré, comme Tim Burton, par exemple…

    Reste cependant quelques trouvailles visuelles intéressantes (mais c’est le moins que l’on puisse attendre d’un film bénéficiant d’un tel budget !) et les interprétations de Leonardo DiCaprio (assez proche du personnage qu’il incarne dans Shutter island) et d’Ellen Page, dont le naturel et la fraîcheur éclaire Inception. Marion Cotillard n’apparaît malheureusement que ponctuellement, et est souvent associée, de manière assez grotesque, à la chanson de Piaf, Rien de rien. La Môme risque de la poursuivre longtemps…

    Inception est donc un spectacle assez vain et prétentieux, à la limite de l’ennui, qui fait regretter l’excellent The dark knight, du même réalisateur…

  5. Je rejoins complètement cette critique.
    ‘Inception’ est certainement le meilleur film de Nolan tant dans sa complexité, son esthétisme et sa dimension humaine. C’est clair, on en veut encore !

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