Somewhere

Stephen Dorff et Elle Fanning. Pathé Distribution

Stephen Dorff et Elle Fanning. Pathé Distribution

Château Marmont, Los Angeles, hôtel mythique pour stars. On y rencontre Johnny Marco, chambre 59, acteur qui traîne sa belle gueule fatiguée de couloirs en couloirs, de chambres en chambres, de fêtes en fêtes, mais qui s’ennuie et se perd dans ce monde en toc. Les scènes s’enchaînent et se ressemblent, en boucle, ainsi que les longs plans séquences, pour montrer l’ennui, la solitude étouffante de cet homme. Jusqu’à ce que sa fille, Cleo, 11 ans, arrive.

Porté par une esthétique différente de ses précédents films qui en déroutera plus d’un, Somewhere s’affirme comme une œuvre dépouillée, au rythme lent, mais surtout au ton beaucoup plus personnel que les précédents de la cinéaste. Par moment, ce n’est plus tant Sofia Coppola la réalisatrice qui parle, mais Sofia Coppola, la fille de…. Bien sûr, il y a d’abord la critique de cet univers factice, artificiel, celui des célébrités, mais au travers se dégage une relation père/fille, celle de Johnny (Stephen Dorff, excellent) et Cleo (Elle Fanning, lumineuse), thème cher à Sofia Coppola. La lenteur du film va de paire avec l’ennui, le vide de la vie du personnage principal. Johnny Marco a les yeux éteints, semble ne rien ressentir (même face aux lap danseuses qui se produisent dans sa chambre), enchaîne les aventures d’un soir, les bières et erre dans sa Ferrari dans les rues de Los Angeles. Le Château Marmont est un lieu isolé, comme coupé du monde, un lieu presque fantasmé (on y croise Benicio Del Toro au détour d’un ascenseur) et on a l’impression d’être dans une bulle, un lieu à part, loin de notre monde à nous (une parenthèse italienne nous fera quitter les couloirs de l’hôtel pour un autre). C’est la venue de Cleo qui le ranimera. Sofia Coppola capte des petits rien qui font tout, des regards, des étreintes entre un père et sa fille, des instants brefs mais beaux, qui durent parfois seulement quelques secondes mais qui réussissent à illuminer ce monde hypocrite et vain qu’est le star-system. Somewhere est un film de peu de mots, mais pourtant dit beaucoup. L’émotion n’est pas flagrante, il n’y a pas de pathos, pas de rédemption, mais pourtant on ressort de là ému. Bien sûr, les symboles que le film aligne sont parfois un peu faciles (la voiture du début qui fait le tour de la piste plusieurs fois, ce qui signifie que sa vie tourne en rond ; et à la fin, lorsqu’il abandonne cette même voiture derrière lui, se débarrassant de cette vie asphyxiante) et le film accuse quelques lenteurs de trop. Pourtant cette parenthèse désenchantée et critique sur le star system, qui résonne au son des magnifiques accords des Strokes (I’ll try anything once), nous offre mélancolie et poésie et un duo lumineux : Elle Fanning et Stephen Dorff, sublimés par la caméra de Sofia Coppola.

Somewhere a, au final, un peu de Virgin Suicides (une jeune héroïne blonde), de Lost in Translation (des hôtels et des rencontres), de Marie-Antoinette (la célébrité et ses contraintes), mais pas leur fougue, leur grandeur. S’il n’est pas le grand film que l’on attendait, il n’en demeure pas moins un œuvre belle, puissante, au souffle rêche et parsemée d’instants tout simplement magiques.
 

 

 

 

 

 

4 thoughts on “Somewhere

  1. A force de parcourir la blogosphère, je finis enfin par tomber sur une critique positive de « Somewhere ». Je me sens moins seul tout d’un coup ! « Sofia Coppola capte des petits rien qui font tout, des regards, des étreintes entre un père et sa fille, des instants brefs mais beaux, qui durent parfois seulement quelques secondes mais qui réussissent à illuminer ce monde hypocrite et vain qu’est le star-system. » c’est exactement ça !

  2. Une caméra fixe filme une portion de circuit sur laquelle tourne une Ferrari. Le plan dure bien deux minutes. Sans doute se veut-il métaphorique de la vie de Johnny. Il est surtout très ennuyeux et assez laid. Mais cette introduction a au moins le mérite de mettre le spectateur dans l’ambiance. Elle est en effet à l’image du reste de ce long-métrage, dont on peut se demander comment il a pu être préféré à Potiche ou à Vénus noire au palmarès de la dernière Mostra de Venise. De là à inférer que la courte relation de l’auteur avec le président du jury, Quentin Tarantino, y est pour quelque chose…

    J’attendais un film sur la relation père-fille, thème peu abordé au cinéma (du moins à ma connaissance). Sofia Coppola dresse surtout le portrait sans intérêt d’une star hollywoodienne neurasthénique, dont la triste existence se partage entre les shows pathétiques de jumelles strip-teaseuses, des fêtes somme toute assez sages, des promenades en voiture sur les hauteurs de Los Angeles à la poursuite d’une inconnue blonde et quelques séquences de promotion ou de maquillage (il faut bien gagner sa vie !). Johnny est dans un état si comateux qu’il ne s’étonne même pas de voir un véhicule de luxe fracassé contre le mur d’entrée de Château Marmont (une référence à Helmut Newton, mort dans de semblables circonstances en janvier 2004 ?).

    Sofia Coppola avait pourtant un sujet en or, qu’elle aurait pu nourrir de sa propre relation avec son illustre géniteur. En fait, si l’on en croit le dossier de presse, il semble qu’elle ait utilisé un certain nombre de souvenirs personnels pour construire le lien unissant Johnny et Cleo. Cela veut donc dire que ses rapports avec son père étaient d’une indigence absolue (ce que je veux bien croire). Car finalement, Johnny et sa fille ne partagent presque rien au cours de leur éphémère cohabitation : quelques heures passées devant la télévision à jouer à Guitar hero, un séjour à Milan durant lequel Johnny essaiera surtout de se cacher de Cleo pour renouer avec une ancienne maîtresse… Et quand il se séparera d’elle, il ne trouvera rien de mieux que de l’emmener dans un casino à Las Vegas (l’endroit du monde le plus adapté pour passer un moment privilégié avec son enfant, avant de lui faire ses adieux !). Puis c’est en hélicoptère -et oui, c’est aussi cela la vie des stars !- qu’il rejoindra le taxi qui acheminera Cleo vers sa colonie de vacances… Mais ces quelques jours passés ensemble lui feront comprendre la vacuité de son existence. Il quittera alors hôtel et voiture de luxe (pour retrouver sa fille ?). Presque aussi profond qu’un roman de Marc Lévy…

    Avec Somewhere, Sofia Coppola apporte la preuve du caractère très surfait de son œuvre. Elle est avant tout une icône de mode, qui fait les beaux jours des pages glacées de Vogue ou celles, recyclées, des magazines people. Son cinéma est par contre assez tape-à-l’œil. Plaquer de la musique new wave sur un film consacré à la vie de Marie-Antoinette relève selon moi plus du snobisme que de l’audace ou de l’intelligence (et tant pis si ces propos me font passer pour rétrograde !). Si je devais définir son talent, je dirais que c’est celui du paraître. Une qualité finalement bien dans l’air du temps. Aussi comprends-je que Sofia Coppola plaise autant à nos contemporains.

    Une note positive tout de même, avant de conclure. L’interprétation sensible et pleine de délicatesse de la lumineuse Elle Fanning, dont le personnage, par son innocence, est le seul à véhiculer une réelle émotion.

  3. Je te trouve bien généreux avec ce film, le moins bon des 4 de S Coppola à mon avis. Je n’ai pas été ému du tout et je me suis royalement ennuyé.

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