Le Complexe du Castor

Jennifer Lawrence & Anton Yelchin. SND

Riley Thomas Stewart & Mel Gibson. SND

The Beaver raconte l’histoire, surprenante, d’un homme dépressif, au bout du rouleau, qui trouve comme seul moyen pour s’en sortir une marionnette de castor qu’il fait parler et qui va « l’aider » à se sortir de cette mauvaise passe. Un postulat de départ original, étrange mais dont on redoute qu’il ne soit simplement qu’une brillante idée comique au final bien vide. C’était sans compter sur Jodie Foster, actrice et réalisatrice de talent, qui impressionne par sa maîtrise d’un sujet casse-gueule. Le film est en cela assez déstabilisant, car se refusant à être une comédie à l’américaine ou un drame sombre sur la dépression. Jodie Foster préfère l’équilibre entre deux genres, entre le rire et les larmes, et c’est là que The Beaver y trouve toute sa force. En cela, la scène au début du film dans laquelle Walter Black tente de se pendre puis de sauter dans le vide, oscille entre la situation dramatique qui fait froid dans le dos (comment ce père de famille a-t-il pu en arriver là?) et la comédie, puisqu’il échoue lamentablement à ces deux essais. Rejeté par sa famille, sa femme ne le regarde plus et se plonge dans son travail pour ne pas voir ce qui ne va pas, son fils aîné le déteste et le méprise, Walter sombre dans une dépression absolue, désespérée et incompréhensible pour les membres de sa famille qui préfère fuir que de l’épauler. A travers la famille Black dont la surface lisse vole en éclats, c’est le american dream en pleine chute que filme la réalisatrice et ses personnages sont les symboles d’une Amérique en perte de vitesse, rongée par la dépression, cette maladie tabou qui touche de plus en plus de personnes et qui se répercute sur tous les membres d’une famille.Outre le traitement singulier de la dépression, Jodie Foster aborde des thèmes comme le deuil, les relations père-fils, l’adolescence (à travers le fils de Walter, adolescent en colère). Quand à cette marionnette de castor, au départ moteur pour faire rire le spectateur, elle s’impose de plus en plus, et c’est là que le film devient troublant : d’abord inoffensive, la marionnette devient vitale pour Walter, au point qu’il ne puisse plus rien faire sans elle. Le castor est très bien utilisé et intégré dans le scénario : il devient presque un personnage à part et n’est pas simplement un élément secondaire. La mise en scène, classique, arrive même, selon les angles de vue, à ce que le castor soit superposé à une partie du visage de Walter Black, de fait, on a vraiment l’impression que le castor est une entité vivante. Une réussite pour Jodie Foster, donc, réalisatrice et actrice dans son film, qui livre un film vibrant et humain, drôle et touchant. C’est elle aussi qui a eu le cran de donner à son ancien partenaire de Maverick, Mel Gibson, le rôle principal. Acteur sur le déclin depuis que de nombreux scandales l’ont discrédité auprès du public et de la profession, il est absolument magistral dans ce rôle formidable. Jodie Foster révèle une injustice : avoir oublié l’acteur derrière l’homme public. Quand aux p’tits nouveaux, le jeune couple Anton Yelchin (vu dans Terminator Renaissance et Star Trek) et Jennifer Lawrence (bientôt dans X-men Le commencement) fait des étincelles, ils sont promis à un bel avenir cinématographique. Le final de The Beaver, un peu happy-end hollywoodien, ce qu’elle avait réussi à éviter jusque là, décevra peut-être, mais il ne suffit pas à gâcher la qualité du film. Et puis après tout, un peu d’espoir ça fait pas de mal parfois.

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