Le Fils de Saul

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Dans Le Fils de Saul, Lazlo Nemes, réalisateur hongrois, nous plonge dans le cauchemar de la Soah. Saul fait partie d’un Sonderkommando : des commandos spéciaux de juifs prisonniers qui sont chargés de faire entrer les déportés dans les chambres à gaz, de récupérer leurs affaires, de nettoyer et de brûler les corps. Les membres des Sonderkommandos sont régulièrement éliminés pour que rien ne s’échappe de cet enfer. Des morts en sursis donc. Saul en fait partie. Nous le suivons dans son travail quotidien, où baissant la tête, il obéit et tente tant bien que mal de survivre. Mais un jour, il croise un adolescent mort en qui il croit reconnaître son fils.

Que celui-ci soit son fils, ou pas (plus tard un autre prisonnier lui assène « mais tu n’as pas de fils »), c’est la mission que Saul se donne qui intéresse. Alors qu’il erre au pays des morts, que les cadavres l’entourent, Saul décide de sauver ce garçon (littéralement, de « sauver » un mort) en l’enterrant selon la religion juive. Cette quête d’une humanité perdue est bouleversante. Obsédante, elle met en danger Saul, prêt à tout. Celui-ci croise des prisonniers résistants qui planifient une évasion. Pour pouvoir raconter à tous ce qui passe dans ces lieux. Saul va participer à leur rébellion. Nous le suivons sans arrêt, à hauteur d’homme : la caméra de Lazlo Nemes colle à la nuque du personnage. Le spectateur est Saul. Le jeune réalisateur utilise de nombreux procédés pour une immersion la plus complète possible : utilisation d’un champ de vision étroit (1:33) et de nombreux travellings. Un travail de mise en scène remarquable. Le film est visuellement impressionnant, il y a un travail de lumière, de composition picturale mais aussi un travail sur le son : il n’y aucune musique extradiégétique mais des bruissements, des chuchotements qui créent une atmosphère pesante, nerveuse.

L’image et le son créent un enfer, celui des camps de concentration vu par Lazlo Nemes. Une réalité inimaginable. La réussite du réalisateur est de ne pas vouloir filmer Auschwitz comme une leçon d’histoire, comme une réalité (ce qui serait très prétentieux). Le fils de Saul est un film de fiction, une représentation donc, qui s’inspire de la réalité et qui reste en même temps du pur cinéma (mise en scène travaillée, les sons). Un mélange de fiction et de documentaire. Surtout, un film de sensations, glaçant et effroyable, qui prend à la gorge, qui bouleverse. D’une grande puissance. Un  Grand prix du Festival de Cannes mérité et un jeune réalisateur à suivre.

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