Notre petite soeur

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Hirokazu Kore-eda retrouve son thème favori dans son nouveau film : la famille. Après Tel père, tel fils qui s’intéressait à la paternité, le cinéaste japonais parle ici du lien entre trois soeurs qui se découvrent une petite soeur, née du même père mais d’une mère différente.

Le film est adapté de l’excellent manga Kamakura Diary (de Akimi Yoshida). Le début est fidèle mais Kore-eda se heurte à la difficulté de condenser une histoire (en 6 tomes) sur 2 heures de film. Pas mal d’histoires secondaires et de personnages ont été coupés mais l’essentiel demeure. On découvre ces trois sœurs très différentes (Sachi, Yoshino, Chika) lors des funérailles de leur père, parti vivre avec une autre femme alors qu’elles étaient enfants, et qu’elles n’ont pas revu depuis. Elles y rencontrent la nouvelle femme de leur père (la 3e) ainsi que Suzu, leur demi-soeur de 14 ans, qui est la fille de leur père et de sa 2e femme, décédée elle aussi. Les trois soeurs demandent à la lycéenne orpheline de venir vivre avec elles, faisant fi des anciennes rancœurs.

La famille. Se construire sans le père, celui qui est parti. Puis sans la mère – dépressive et qui a quitté la ville pour les trois jeunes soeurs (elles ne se sont pas vues depuis des années), décédée pour Suzu. Le lien émotionnel entre les quatre soeurs passe d’abord par leur statut d' »orphelines », abandonnées par leurs parents. Lorsqu’elles accueillent Suzu chez elles, c’est d’abord parce que cette jeune fille leur rappelle ce qu’elles ont vécu. Il est plusieurs fois question des souvenirs, celui de la grand-mère qui cueillait les prunes pour en faire de la liqueur, celui de la mère qui pleure, celui du père parti avec une autre. Lors d’une jolie conversation, Chika dit à Suzu qu’elle a très peu de souvenirs de son père car celui-ci est parti quand elle était très jeune. Elle demande alors à Suzu de lui parler de son père, elle qui a grandi avec lui, et de partager ses souvenirs. La jeune lycéenne qui souffrait (la culpabilité ressentie face à ses soeurs qui ont peu connu leur père alors qu’elle a grandi avec) comprend alors qu’elle est acceptée sans retenue dans cette nouvelle famille, et qu’elle y a sa place, qu’elle ne sera plus seule. Pour les trois autres héroïnes, c’est le moment de se libérer de la souffrance que leur ont infligé leurs parents et d’accepter leurs choix pour pouvoir mieux avancer.

Le rapport parent-enfant est un axe que le cinéaste a beaucoup abordé dans sa filmographie (Nobody Knows, I Wish, Tel père, tel fils). Alors que l’absence des parents était nocive et tragique dans Nobody Knows, il est ici accompagné d’espoir puisque les soeurs s’entraident et forment une famille. On saluera d’ailleurs les quatre interprètes, excellentes et au diapason, et dont la complicité se voit à l’écran. Elles sont lumineuses !

Notre petite sœur s’inscrit parfaitement dans la filmographie du cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda. Celui-ci revisite inlassablement ses thèmes fétiches (la famille, le deuil, la relation parent-enfant) avec pudeur et poésie.

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