Les Chevaliers blancs

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Dans A perdre la raison (2012), Joachim Lafosse filmait à distance, froidement, pour préserver le spectateur de la chute finale, de la violence terrible qui s’annonçait pas à pas, dont nous ne verrons rien. Pourtant l’intensité dramatique était à son apogée. Dans son nouveau film, Les Chevaliers blancs, le réalisateur peine à maintenir une tension émotionnelle tout au long des deux heures du film. Inspiré de faits réels (l’affaire de l’Arche de Zoé), Lafosse filme une équipe de bénévoles d’une ONG humanitaire, « Move for kids » qui viennent chercher des orphelins pour les placer en familles d’accueil en France. Jacques Arnault en est le président. Il a un mois pour trouver 300 enfants en bas âge. Lors des rencontres avec les chefs de village, il dit vouloir créer un orphelinat qui s’occupera de l’avenir de ses enfants. La vérité est toute autre.

On devine (très) rapidement ce qui va se passer, que cette affaire va tourner au vinaigre, que quelque chose cloche, que des vérités sont cachées. Les personnages, eux, mettent un peu plus de temps à s’en apercevoir, assez naïfs. Mais en dépit de cette sensation que ça va mal tourner, il manque cruellement une épaisseur dramatique : le film est lent, peu explicatif, on ne sait rien de leurs motivations. Lafosse avait réussi à me faire comprendre cette femme désespérée dans A perdre la raison, à avoir de la peine pour elle et à craindre la chute finale. Ici, le scénario ne décolle jamais vraiment, sauf dans les dernières dix minutes. Le principal intérêt du film réside dans l’ambivalence du personnage principal, interprété par l’excellent Vincent Lindon, Jacques Arnault. Ni un héros ni un salaud. Mais un homme qui porté par de bons sentiments va tenter de contourner la loi pour faire ce que lui croit juste. Bouleversant dans Mademoiselle Chambon et La loi du marché, il est ici excellent en homme complexe, habité par le mensonge. Les autres personnages sont beaucoup moins intéressants, assez caricaturaux parfois. Résultat, on peine à avoir de l’empathie pour eux, et on en vient à – presque – se désintéresser d’eux !

La froideur de Lafosse permet une neutralité bienvenue dans cette affaire, il ne juge pas ses personnages. Mais il manque à ces Chevaliers blancs, une âpreté, une intensité, une densité, de l’émotion pure, quelque chose qui aurait pu rendre le film bien meilleur, plus fascinant. Pas désagréable donc, mais peut mieux faire !

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