L’économie du couple

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Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris se séparent. Or, c’est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, mais c’est lui qui l’a entièrement rénovée. A présent, ils sont obligés d’y cohabiter, Boris n’ayant pas les moyens de se reloger. A l’heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu’il juge avoir apporté.

Quelques mois seulement après Les Chevaliers Blancs (voir ma critique ici), Joachim Lafosse revient avec L’économie du couple, un drame social autour du sujet plutôt banal de la séparation d’un couple. Sauf que le réalisateur l’aborde tel un huis clos (la caméra ne quittant quasiment pas la maison) et en rajoutant le facteur économique. L’économie du couple est un très beau film, mais un film sec, dur et âpre. C’est un film passionnant qui doit beaucoup à son scénario et à ses acteurs. Un scénario d’une grande finesse, écrit à plusieurs mains par Fanny Burdino, Mazarine Pingeot et Lafosse lui-même. Cette séparation est terriblement éprouvante et émouvante. Il n’y a pas de glamour, mais un soucis de réalisme qui qui évite les clichés. En filmant au plus près des personnages, le cinéaste insuffle une tension dans ce couple en pleine implosion. Il y a le champ de bataille, les mesquineries, les regrets, les enfants au milieu, les amis tiraillés, de la souffrance, beaucoup, et de l’amour aussi.  A l’instar de A perdre la raison (2012), Joachim Lafosse filme sans mélo, sans jugements de ses personnages. Il montre ici avec une grande finesse et justesse la difficulté de vivre ensemble quand on ne s’aime plus, la douleur de voir l’autre chaque jour, la souffrance d’une séparation qui dure bien trop longtemps et qui pousse deux êtres qui se sont aimés à se détester. Et quand l’argent s’en mêle, les échanges s’enveniment encore plus. Filmés principalement en gros plan, Bérénice Bejo et Cédric Kahn sont exceptionnels. Leurs performances sobres et justes s’accordent à merveille avec le scénario brillant. La mise en scène de Joachim Lafosse n’a de cesse de les ausculter, de les regarder au plus près, à la recherche du moindre tressaillement, du moindre frôlement, filmant aussi bien les (rares) sourires que la tristesse dans leurs yeux.

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes, L’économie du couple est un drame social intimiste qui frappe fort, qui touche beaucoup et qui est porté par deux acteurs formidables : Bérénice Bejo et Cédric Kahn.

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