Gone Baby Gone

Les frères Affleck

Casey Affleck. Buena Vista International

Morgan Freeman, Casey Affleck et Michelle Monaghan. Buena Vista International

Amy Ryan. Buena Vista International Casey Affleck et Ed Harris. Buena Vista International

Amanda, 4 ans, fille d’une mère célibataire alcoolo et camée, est enlevée en soir. La police de Boston se mobilise ainsi que le quartier. Mais au bout du 3e jour, l’enfant n’a toujours pas réapparu. L’oncle et la tante de la fillette engage un couple de détectives privés, Patrick Kenzie et Angie Gennaro. Tous deux vont se frotter à des secrets bien gardés, des dealers, des pédophiles et à leur conscience.

A l’heure où les grosses productions américaines inondent les écrans pour Noël, Gone Baby Gone, première réalisation de Ben Affleck, adaptée d’un roman, est passée plutôt inaperçue (moins de 90 salles en France). Dommage car ce polar âpre et tortueux est un coup de maître. Ben Affleck se révèle bien meilleur metteur en scène qu’acteur, c’est un fait. L’acteur inégale s’est transformé en cinéaste, en bon cinéaste de plus. Traînant sa caméra dans les quartiers sales de Boston (sa ville natale), il part de l’enlèvement d’une fillette pour mettre finalement à jour des secrets, des humains rongés par leurs existences minables et des cas de conscience. Loin des polars glamour ou ultra-américain, les personnages que met en scène Ben Affleck sont pleins de failles, de rêves, d’espoirs brisés, de rancoeurs, de violence. Rappelle l’excellent Mystic River (de Clint Eastwood) adapté lui aussi d’un roman de Dennis Lehane (Scorsese prépare l’adaptation d’un autre de ses romans, Shutter Island avec Leonardo DiCaprio et Mark Ruffalo). Mais Gone Baby Gone ne tombe jamais dans les pièges tendus aux débutants. Evite le larmoyant, le patriotisme, le voyeurisme, la vulgarité, la violence gratuite dans lesquels le film aurait pu se noyer. Dans sa contruction narrative, le film est assez linéaire et classique même si l’intrigue ne se lasse pas de nous mener en bâteau. La façon dont le film est traité, dont il est mis en scène et surtout l’atmosphère oppressante et pleine de tension mêlée au contexte social dans lequel il baigne, font que Gone Baby Gone surprend (surtout la révélation finale), trouble et maintient en haleine le spectateur sur 1h55. Mais plus qu’un policier, Gone Baby Gone se double d’une épaisseur psychologique importante en mettant en scène des personnages très complexes et humains à l’opposé des personnages clichés plus "héros" qu’"anti-héros" que nous offre habituellement le cinéma américain. Les questions habitent le film du début à sa fin, mettant la morale à rude épreuve. Le choix moral final du personnage principal est d’autant plus difficile et troublant que l’on ne cesse de se dire, à l’instar de celui qui le prend: était-ce le bon choix? Mais en plus de réaliser avec brio un polar qui rue dans les brancards du politiquement correct, Ben Affleck se révèle un excellent directeur d’acteurs. En effet, son casting est impeccable et participe largement à la réussite du long-métrage. La faute à Casey Affleck en tête, 32 ans, bouille d’ado, yeux bleus clairs, deuxième du nom (il est le frère cadet de Ben). On pensait le plus grand bien de lui depuis le superbe Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (d’Andrew Dominik, 07) où il tenait tête à un Brad Pitt magistral. Ici, le premier rôle c’est lui. De toutes les scènes, il brûle d’une incandescence rare, tour à tour torturé, fragile, nonchalant, dur à cuire, vulnérable, troublant, cynique, craquant. L’année 2007 est son année. Au côté de Casey Affleck, Amy Ryan est bluffante en mère alcoolo, Michelle Monaghan très sobre et juste, Morgan Freeman très bien comme à son habitude et Ed Harris est particulièrement brillant. Ben Affleck (qui a également co-écrit le scénario) a eu du flair pour ses têtes d’affiche.

Gone Baby Gone est le film de fin d’année 2007 à ne pas manquer. La tension qui anime le récit, son atmosphère sociale et sale, ses personnages qui ont tous des choses à cacher mais qui sont confrontés tôt ou tard à des choix (destructeurs parfois), son mélange de policier et de drame, son intrigue surprenante, font de Ben Affleck un grand et bon réalisateur. Mais si on applaudit l’aîné des Affleck, on ne peut qu’admirer encore plus son petit frère, Casey, qui révèle ici toute l’étendue de son talent. C’est à dire un talent immense.

Buena Vista International

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