The Ghost Writer

McGregor est dans l’ombre
 

Kim Cattrall et Pierce Brosnan. Pathé Distribution

Olivia Williams et Ewan McGregor. Pathé Distribution

Pierce Brosnan et Ewan McGregor. Pathé Distribution

Un homme est contacté pour devenir le nouveau ghost writer (un nègre écrivain) de l’ancien Premier ministre britannique Adam Lang. Il va découvrir des secrets bien cachés lors de ses rapports avec le Premier ministre et son entourage.

Oublions pour un temps l’affaire Polanski qui a secoué le monde de médias il y a quelques mois, et concentrons nous plutôt sur son dernier film en date, The Ghost Writer, thriller politique aux accents hitchcockien. Si bien sûr on peut voir des liens avec l’actualité (l’affaire Polanski, Tony Blair), The Ghost Writer est avant tout un film de cinéma, du cinéma dans toute sa splendeur. Roman Polanski conjugue paranoïa et atmosphère envoûtante et tendue, dans cette « enquête » qu’Hitchcock lui-même n’aurait sans doute pas renier (le héros innocent qui se retrouve au centre d’une machination). Cela commence par une voiture vide, abandonnée, puis d’un corps rejeté sur les côtes américaines (le propriétaire de la voiture, évidemment). Quelque chose cloche, on le sent, et notre héros, le nègre (en anglais the ghost) aussi. Si Polanski prend son temps pour installer l’histoire (le nègre qui va s’installer dans la maison isolée de l’ancien premier ministre pour écrire ses mémoires et commence à douter), c’est aussi pour distiller une ambiance paranoïaque, entêtante, un peu stressante (doublée par la musique d’Alexandre Desplat), qui se ressert sur notre héros, tel une mouche prise dans la toile de l’araignée. Évidemment, Polanski ne laisse rien au hasard puisqu’il joue avec les clichés du genre: pluie battante, ciel gris, maison isolée sur une île…Tout y est. On ne se fie à personne, on est manipulé et on se laisse délicatement prendre au jeu (piège?). L’intrigue politique est rondement menée, Polanski ne délaissant pas le côté thriller psychologique pour autant. The Ghost Writer est d’une grande sobriété, sans effets racoleurs, et bénéficiant d’une mise en scène impeccable, au sommet de l’art du cinéaste lors de deux scènes dont beaucoup on déjà parlé (notamment le dernier plan, fin cynique et un brin cruelle, délicieusement géniale). Le film est donc une réussite, parce qu’il signe le retour de deux « grands »: Polanski le metteur en scène qui côtoie ici presque les sommets (Chinatown) et nous fait oublier des films tels que La Neuvième porte; Ewan McGregor l’acteur qui après plusieurs films décevants que nous ne citerons pas, reprend du poil de la bête, avec ce rôle où il est tout simplement magistral face à un casting impressionnant (Pierce Brosnan, Olivia Williams, Kim Cattrall, Tom Wilkinson). Un excellent thriller, déjà un des coups de cœur de l’année, dont le dernier plan et ses feuilles qui s’envolent restent graver dans les esprits.
 

Pathé Distribution

 
 

 

 

 

 

2 thoughts on “The Ghost Writer

  1. Je suis d’accord avec vous.
    Très bon thriller hitchcockien à la photographie excellente au passage.
    On dira que la similitude entre le film et le destin de son auteur est une sortie d’ironie tragique… =)

  2. The ghost writer est tout d’abord un formidable thriller hitchcockien, à la mécanique irréprochable, et qui, par bien des aspects, évoque le dernier film d’un autre grand maître, Shutter island (une île battue par le vent et la pluie, l’isolement, voire le confinement, une ambiance paranoïaque, un rebondissement final, un héros n’ayant aucune prise sur les évènements…).

    The ghost writer est aussi un film à l’esthétique particulièrement épurée, à l’image du bunker high-tech où a trouvé refuge Pierce Brosnan-Adam Lang.

    L’interprétation est à la hauteur de ce polar crépusculaire, avec un Ewan McGregor excellent, dans le rôle d’un homme ordinaire en perdition face aux faux-semblants ; une Olivia Williams qui, par sa hauteur aristocratique, insuffle le mystère nécessaire à son personnage ; enfin, un Pierce Brosnan qui trouve sans doute ici l’un de ses meilleurs rôles…

    Il est aussi passionnant par son arrière-plan géopolitique, sur ce qu’il nous dit des relations entre les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Et ainsi que le remarque la revue Positif dans son numéro de mars, un lien symbolique entre ces deux pays est établi dès le premier plan, où l’on ne sait si l’on se trouve sur la côte anglaise ou la baie du Massachusetts : cette confusion est comme la métaphore de l’allégeance de l’Angleterre de Tony Blair (Adam Lang) à l’Amérique de George Bush (j’aurais aimé la trouver celle-là!).

    Mais The ghost writer fascine surtout par la cohérence qu’il apporte à l’oeuvre de son auteur. On y retrouve en effet des thèmes déjà développés dans nombre de ses films, entre autres, dans Frantic, La jeune fille et la mort ou Le pianiste (le huis clos, l’enfermement, l’absurdité, l’homme traqué…).

    Enfin, bien que tourné avant « l’affaire » et adapté d’un roman de Robert Harris, on ne peut pas ne pas songer à l’actualité en voyant Pierce Brosnan-Adam Lang assiégée dans sa villa par une meute de journalistes. Il est d’ailleurs assez ironique de remarquer que le pays qui lui accorde l’asile est précisément celui qui demande aujourd’hui, et dans la vie réelle, l’extradition de Roman Polanski…

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