La Princesse de Montpensier (avant-première Festival de Cannes)

Amours chiennes

Lambert Wilson et Mélanie Thierry. StudioCanal

Florence Thomassin et Mélanie Thierry. StudioCanal

Mélanie Thierry, Grégoire Leprince-Ringuet, Florence Thomassin, Michel Vuillermoz et Lambert Wilson. StudioCanal

 

France, 1562. Marie de Mézières est mariée de force au prince de Montpensier, jeune homme jaloux et violent, alors que son cœur bat pour le Duc de Guise. Elle se décide à l’oublier et demeure dans le château reculé de son mari, celui-ci partit pour la guerre, en compagnie du comte de Chabannes, son « tuteur » chargé de l’instruire pour sa future apparition à la cour.

Le nouveau Bertrand Tavernier n’est rien de moins qu’un beau film, à la fois classique et lyrique, sur les affres de la passion et de l’amour. Alors que Christophe Honoré avait transposé la Princesse de Clèves dans un lycée parisien à notre époque (cf La Belle personne), Tavernier se décide à adapter la Princesse de Montpensier de Madame de La Fayette dans la pure tradition : le film historique en costumes. Pas facile, d’autant que le genre plaît difficilement. Mais Tavernier réussit le passage brillamment : souffle romanesque, combats violents, complots, intrigues, manipulations…Tout y est et on y croit, impression renforcée par les dialogues 16e siècle qui nous plongent un peu plus encore dans l’histoire de cette princesse aimée de quatre hommes, mais tourmentée par l’amour qu’elle ressent pour le Duc de Guise, le seul qu’elle aime, au grand dam de son mari, jaloux comme tout, voire violent. L’héroïne est typiquement une héroïne de Madame de La Fayette: jeune fille qui se refuse à vivre le grand amour avec l’homme qu’elle aime, parce que ce serait un péché (adultère), avant de succomber et…surprise, je ne vous dirais rien de plus. Du tragique, en tout cas, on vous le dit. Et un beau film sur l’amour, un amour pur, vrai, épique. Mais Tavernier arrive à ne jamais faire tomber son film dans la guimauve, grâce à un scénario intelligent qui aborde la condition de la femme et sa difficulté d’être, sur fond de guerres de religion. Et même si le film se déroule en costumes au 16e siècle, il n’en demeure pas moins d’une grande modernité. Outre la belle reconstitution historique, Tavernier s’est entouré d’un beau casting. Mélanie Thierry la première, tête blonde innocente et visage d’ange, formidable dans ce rôle pas si facile, qui montre une élégance et une pureté digne des héroïnes de La Fayette. Quant aux hommes, ils sont légions: le jeune acteur qui monte Grégoire Leprince-Ringuet excellent (parfois en sur-jeu, dommage), Gaspard Ulliel itou, Lambert Wilson parfait et Rafaël Personnaz inconnu charismatique comme jamais qui est bien la révélation du film.

Cruel, beau, romanesque, La Princesse de Montpensier est passionné et passionnant, film sur les amours tourmentées d’une jeune femme pendant les guerres de religion, objet du désir convoité par certains, être (mal) aimé pour d’autres. 
 

 

 

 

 

2 thoughts on “La Princesse de Montpensier (avant-première Festival de Cannes)

  1. Pendant que la guerre civile déchirait la France sous le règne de Charles IX, l’amour ne laissait pas de trouver la place parmi tant de désordres, et d’en causer beaucoup dans son empire. Rien ne résume mieux La princesse de Montpensier que cette première phrase de la nouvelle de Madame de La Fayette dont se sont inspirés Bertrand Tavernier, Jean Cosmos et François-Olivier Rousseau. Ce film nous dépeint effectivement autant les tourments de la France du XVIème siècle que ceux d’une jeune femme avide d’indépendance, féministe avant l’heure pourrait-on presque dire. Et sur les deux tableaux, Bertrand Tavernier touche juste. Dans le premier cas, grâce à une parfaite maîtrise des épisodes guerriers, dont la belle énergie est adroitement soulignée par la partition de Philippe Sarde, tout en percussions. Dans le second, par son sens aigu du détail, qui fait de lui un fin portraitiste. A cet égard, l’une des plus belles scènes (et aussi peut-être l’une des plus violentes) est sans doute celle de la nuit de noce où le corps de Marie, exposé aux regards des parents et des domestiques, n’apparaît que comme un bien que deux familles s’échangent.

    Si la mise en scène de Tavernier redonne toutes ses lettres de noblesse au classicisme, qu’il soit littéraire ou cinématographique, l’interprétation est en revanche plus inégale. Grégoire Leprince-Ringuet, déjà à l’affiche cette année de L’autre monde, apparaît toujours aussi peu expressif. Mélanie Thierry est certes charmante, mais sa beauté un peu trop moderne ne sied guère à une héroïne de la Renaissance (il n’est cependant pas inintéressant de la voir enfin évoluer dans des rôles plus matures, comme L’autre Dumas, par exemple). De plus, tout deux se montrent assez peu à l’aise avec les dialogues (pourtant ciselés) de Jean Cosmos. Leur diction, souvent inaudible, relève parfois de la récitation appliquée. Lambert Wilson donne par contre beaucoup de profondeur au comte de Chabannes. Après sa belle performance dans Des hommes et des dieux, on pourrait imaginer que cette année soit pour lui celle de la consécration (aux Césars). Mais Raphaël Personnaz est pour moi la vraie révélation de ce film : il possède l’élégance racée qui convient à son personnage. Nul doute que ce rôle devrait le révéler au grand public.

    Bref, une jolie réussite, qui me convainc davantage que la vision prétendument moderne (car avec des acteurs branchés, comme Louis Garrel et Léa Seydoux ?) que nous donne de La princesse de Clèves Christophe Honoré dans La Belle Personne.

  2. Très beau film en effet… qui m’a laissé de marbre.
    Les acteurs sont bons, la photographie est pas mal. Le tout est évidemment maitrisé. Après, personnellement, le portrait intemporel de la femme universel sous fond d’un film d’époque… Ca me gonfle ! La forme est admirable. Le fond pompeux.

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