The Social Network

« If you guys were the inventors of Facebook,
 you’d have invented Facebook »

Jesse Eisenberg. Sony Pictures Releasing France

Andrew Garfield, Jesse Eisenberg et Joseph Mazzello. Sony Pictures Releasing France

Jesse Eisenberg. Sony Pictures Releasing France

Le nouveau David Fincher (Se7en, Fight Club, The Game, Zodiac…) qu’on attendait depuis des mois est enfin sorti. The Social Network est avant tout un film hanté par la solitude, celle d’un homme, Mark Zuckerberg, créateur de Facebook. D’où une certain paradoxe: c’est un jeune homme asocial et sans ami qui va créer Facebook, réseau social par excellence utilisé par 500 millions de personnes aujourd’hui.

Un film basé sur des faits véridiques, mais avec une certaine liberté, ce que Fincher avoue sans s’en cacher. Car The Social Network est loin d’être juste un film sur Facebook ou même sur ce personnage fascinant qu’est Mark Zuckerberg (interprété par l’excellent Jesse Eisenberg). C’est du cinéma, donc une fausse réalité, une réalité déformée par Fincher, qui a bien vu à travers ce portrait d’un anti-héros autre chose: c’est toute une génération que le cinéaste tente de saisir. Film générationnel, portrait d’une Amérique aux anti-héros brillants mais seuls, d’un pays où tout est possible (où un nerd peut créer dans sa chambre universitaire un réseau social et gagner des millions), et qui à l’image de Facebook se veut ouverte à tous (mais qui contradictoirement veut conserver ces Final Clubs, très sélects et qui font sensation dans les grandes universitaires).

Film fascinant que ce Social Network – pour faire vite: scénario rythmé, personnages intéressants, dialogues vifs et saisissants (signés Aaron Sorkin), mise en scène élégante et sobre – mêlant à ce drame des pointes d’humour qui n’empêche pas la grande tristesse, la cruauté de cette ascension qui n’a pas grand chose de glorieuse, puisqu’elle saccage tout sur son passage. Oui, Mark est définitivement un surdoué dont l’ascension soudaine l’a rendu connu et millionnaire, mais qui dans sa tour d’ivoire ne croise qu’un seul reflet: le sien.

The Social Network tient en grande partie par son personnage principal, Mark Zuckerberg qui à lui seul représente plus qu’un être humain, mais une toute une jeunesse en quête de liens, de pouvoir, de reconnaissance : anti-héros, nerd asocial détestable, je-m’en-foutiste agaçant, génie de l’informatique, ambitieux perdu face à ce qu’il a dans les mains (lui-même avoue à Eduardo que Facebook va trop vite pour lui) et adolescent en manque de sexe. C’est donc après s’être fait largué, que Mark, bourré et avide de se venger de la gente féminine (il sera d’ailleurs taxé de misogynie), crée Facemash, site où les étudiants de Harvard peuvent classer les plus belles filles de l’université. Et puis lui vient l’idée (soufflée par d’autres ou pas, prenez-le comme vous voulez) de Facebook, réseau social pour étudiants (idée de départ), et peut-être une chance pour lui, Zuckerberg, de pouvoir, disons-le franchement, s’envoyer en l’air. Et surtout sa revanche sur les clubs de Havard qui n’ont pas voulu de lui. Et puis avec le succès de Facebook, le pouvoir, l’argent, la gloire. Les trahisons, la jalousie, l’amitié piétinée, la solitude. Et en réalité sous ces apparats dorés, une recherche aussi désespérée que pathétique d’affection, d’amour.

Fincher reste neutre quand au personnage de Zuckerberg. Les deux facettes du jeune homme s’entrechoquent, celle du génie millionnaire qui a inventé Facebook et celle de la tête-à-claques insupportable qui se fait coller deux procès, dont un par son meilleur ami. Mais le réalisateur prend autant de soin à croquer les seconds rôles qui gravitent autour de Mark et qui sont très importants, autant dans la création de Facebook, que dans la compréhension du personnage de Mark Z : Eduardo Saverin (le très charismatique Andrew Garfield, découvert dans Boy A), ami de Mark, finalement écarté de Facebook parce qu’il représente ce que Mark n’est pas et voudrait être (il a été choisit pour faire parti d’un club, il a une petite amie, il ajoute un côté humain au personne de Mark, déconnecté du monde), Sean Parker (Justin Timberlake, sobre dans son jeu), fondateur de Napster, drogué paranoïaque et narcissique, adulé par Mark mais au final presque aussi seul que lui.

2 heures après (passées comme un éclair), dernières images au goût amer. On ne sait plus si on doit le détester ou le prendre en pitié ce Mark Zuckerberg. Mais à elle seule, cette dernière scène saisit le film tout entier, dans sa complexité, son paradoxe, son humanité et sa tristesse infinie. L’homme souffre, l’homme est seul, si seul malgré ses « 500 millions d’amis ».

Il y a quelque chose de grand dans le cinéma de Fincher qui ne cesse de nous emballer (moi du moins, toujours fidèle, et oui j’ai aimé Benjamin Button). Cette chose, c’est cette manière stupéfiante de parler d’êtres humains tout en symbolisant notre monde, notre société et ses paradoxes. On peut reprocher le côté classique de l’intrigue (l’envolée solitaire de Zuckenberg à travers ses deux procès), ou encore le côté très bavard qui en perdra certains. Mais mince, The Social Network est un grand film, voilà c’est dit.

 

 

 

3 thoughts on “The Social Network

  1. Ta critique du film est fine et intelligente. Je partage ta vision quand tu dis que The Social Network est un GRAND film, un grand grand film, un film sur nous, les jeunes, nerds, facebookeurs, geeks… tout ce qu’on veut, en un mot mordus de l’informatique et totalement contradictoires…. car Facebook nous reflète : nos statuts, photos, goûts, une jeunesse complexe… bref : à voir !

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