Un conte de Noël

Bienvenue chez la famille Vuillard

Mathieu Amalric. JC Lother / Why Not Productions

Anne Consigny, Hippolyte Girardot et Catherine Deneuve. JC Lother / Why Not Productions

Mathieu Amalric et Catherine Deneuve. JC Lother / Why Not Productions
 

Junon et Abel s’aiment et ont un enfant, Joseph. Mais Joseph est atteint d’une grave maladie osseuse et il lui faut une greffe de moelle osseuse. Ni sa jeune soeur, Elizabeth, ni ses parents ne sont compatibles. Nait alors Henri que tout le monde espère compatible. Mais il ne l’est pas, pas plus que le dernier né, Ivan. Joseph meurt alors à 6 ans. Des années plus tard, les enfants Vuillard sont devenus des adultes. Elizabeth demande à sa famille de bannir Henri, qu’elle hait. Elle ne veut plus le voir, ni l’écouter, couper tous liens avec lui. Cinq ans après ce bannissement incompréhensible pour tous, Junon apprend qu’elle est malade et a besoin elle aussi d’une greffe de moelle osseuse. Tous se réunissent pour Noël dans la maison familiale.

Voilà un film bien étrange, une sorte d’ovni inclassable, qui surprend sans cesse le spectateur. Arnaud Desplechin mène tout ce beau petit monde dans un désordre apparent, sortant à chaque minute des sentiers battus. Un conte de Noël parle donc d’une famille sur laquelle flotte l’ombre de Joseph, l’enfant mort trop tôt, trop jeune, une famille pleine de rancune, de tristesse, d’amour et de haine en plein règlement de compte. Parce que Junon va peut-être mourir. Parce que Henri, fils détesté de sa mère et de sa soeur, veut comprendre pourquoi Elizabeth l’a « banni » du cercle familial pendant 5 ans. Une réunion de famille s’est plutôt banal et déjà vu au cinéma. Pourtant ici, on ne peut définitivement pas rapprocher cette œuvre d’une autre, tellement elle est unique et spéciale (mais pas dans le mauvais sens). Elle possède un charme particulier et finalement enchanteur, enchanteur malgré la violence des propos et des relations familiales.

Desplechin joue avec la mise en scène, très élégante, il faut le dire, (les tableaux, les pensées parlées par les personnages, la lettre de Henri à Elizabeth…), les personnages et les dialogues, point culminant de la réussite du film. Pour mieux l’illustrer, il suffit de voir la scène entre Junon et Henri sur le banc du jardin, elle lui disant qu’elle ne l’a jamais aimé, lui répondant avec le sourire. Les mots sont doux, presque tendres, mais plus acérés que des flèches empoisonnées. Tout est décalé, chantant, drôle et triste (voir la belle scène de Henri qui tombe sur le trottoir). On a l’impression d’être dans un monde en décalage, une pièce de théâtre absurde. Et pourtant derrière la façade de ces personnages de mots et de papier , on sent la chair, on sent leur cœur battre. Les sourires cachent avec peine leur malaise. Mais on se prend au jeu, sans doute parce qu’on a un peu l’impression de les connaître, parce qu’ils sont en partie comme toutes les familles.

C’est un film qui se voit, qui s’écoute et qui laisse derrière lui son mystère insolvable, hantant le spectateur. Un conte de Noël se laisse regarder également une deuxième fois, pour mieux embrasser ses coins de mystère et ses personnages bancals et tristes. Mais aussi par pur plaisir, plaisir de revoir sa troupe d’acteurs confirmés (ou pas) se prendre au jeu de cette famille. On les cite tous: Catherine Deneuve, Mathieu Almaric (sans doute le plus bluffant, absolument époustouflant), Emmanuel Devos, Jean-Paul Roussillon, Anne Consigny, Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni, Emile Berling, Hippolyte Girardot et Laurent Capelluto.

Après un Rois et Reine déconcertant et pas vraiment accrocheur, Arnaud Desplechin confirme tout le bien qu’on pensait de lui avec le sublime Conte de Noël. La famille et ses liens, thème central, permettent une sorte de tragicomédie surprenante et cruelle, où les mots sont un jeu de chaque instant. C’est par eux que les personnages se blessent, se haïssent, s’aiment et font de ce cinéma un moment puissant et unique.

 

 

 

 

 

 

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