Sicario

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Dennis Villeneuve est un véritable metteur en scène. De la trempe de David Fincher. Un cinéaste qui sait se servir des images pour mettre en scène son propos, ici la mafia mexicaine et la lutte des autorités américaines, hier un homme qui cherchait désespérément sa fille enlevée (Prisoners). Son sens de la mise en scène, la qualité de ses images (c’est le grand Roger Deakins qui signe la photographie de Sicario et auparavant celle de Prisoners) et la bande-son oppressante de Jóhann Jóhannsson, lui permettent de transcender un scénario plutôt banal, comme c’est ici le cas avec Sicario, en compétition au dernier Festival de Cannes, revenu bredouille.

Une jeune recrue du FBI, Kate (excellente et sobre Emily Blunt), est approché par un agent du gouvernement, Matt Graver (Josh Brolin), pour lutter contre le trafic de drogue, toujours plus présent et meurtrier, dans la zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique. Ses idéaux et ses valeurs vont être malmenés quand la mission prend un virage clandestin et illégal. Scénario banal, déjà vu, un air de Traffic (Steven Soderbergh, 2000), voilà ce qu’il en est. Sauf que Dennis Villeneuve n’a pas froid aux yeux et instaure rapidement un climat oppressant, nerveux et terrifiant, dès la première scène. Sicario est à mon sens un film d’horreur contemporain, à l’instar de Seven, cauchemardesque et déprimant, car le bien et l’espoir sont annihilés tout au long du film. Le trafic de drogue, la lutte de pouvoirs entre la mafia mexicaine et le gouvernement américain, les quartiers de Mexico, tout revêt un goût de soufre, une odeur de sang, le bruit des armes cinglant le silence. Les personnages chez Villeneuve sont poussés au bout de leurs retranchements, sont lentement broyés par cette vérité après quoi ils courent (pour le personnage de Hugh Jackman dans Prisoners, qui a enlevé sa fille ; pour Jake Gyllenhaal dans Enemy, qui est cet autre, double de lui-même, qui hante sa vie). Dans Sicario, Kate se perd dans cette vérité, découvre la corruption, jusqu’où sont capables d’aller des hommes « de bien », sensés représenter la loi, une loi qui face à un monstre aux multiples têtes qui repoussent sans cesse (le trafic de drogue, l’offre et la demande) ne respecte plus les règles.

Ce thriller noir nous plonge dans un monde sans concessions, sans frontières, qui est le nôtre, un monde noir, asphyxiant et plein de désespoir. En trois films américains, le réalisateur canadien a su garder son style sans se sacrifier aux sirènes hollywoodiennes et s’est imposé comme un des grands cinéastes de thriller pour adultes.

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